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TERRITOIRES ET DÉMOCRATIE NUMÉRIQUE LOCALE

Christophe de SAVIGNY (1530-1587)

« Tost ou tard, près ou loing, a le fort du faible besoing ». (1) Cette devise – qui est en fait une épigraphe – est inscrite en tête des  Tableaux accomplis de tous les arts libéraux, publiés en 1587 par  Christophe de SAVIGNY (1530-1587), humaniste de la Renaissance française. Elle introduit trois notions essentielles : les rapports de force (fort/faible), la temporalité («tost»/tard), la préfiguration de l’intérêt général moderne (le «besoing»). Elle constitue une injonction fondatrice d’un programme à la fois moral, social, politique et spirituel. Elle est une manifestation de l’esprit encyclopédique, c’est-à-dire de l’ εγκυκλο παίδεια  (« enkuklios paideia »), l’éducation circulaire qui embrasse un cercle entier.
Tout processus éducatif – tout enseignement reçu ou dispensé («enseignement de soi» et «enseignement des autres» ne peuvent être dissociés) – est paradoxal, comme l’écrit SAINT AUGUSTIN dans ses Soliloques « nous apprenons parfois que ce que nous croyions nôtre nous est étranger, et que ce que nous croyions étranger est nôtre ».

Le contexte de la globalisation /mondialisation impose aux territoires et à ceux qui y vivent, risques et interdépendances.
•   Comment une anthropologie de la citoyenneté peut-elle s’opposer à cette imposition ?
•   Quelles initiatives peuvent y participer (Open data, Accès aux documents publics locaux, Observatoire des assemblées délibérantes locales, Recherche-action, Formation citoyenne…) ?
Deux questions nous interrogent sans relâche :
•   Quelles formes de démocratie pour quels territoires ?
•   Quels territoires pour quelles démocraties ?
Pour une anthropologie globale du présent (1)
• 
« L’anthropologie est la discipline qui a pour spécificité un mode de production des connaissances fondé sur la communication interpersonnelle avec les acteurs. » (p. 10)
•   « L’anthropologie et ses interlocuteurs n’échappent pas plus que les autres à ces bulles cognitives qui fonctionnent sur le commun des intérêts et font marcher les marchés réels de l’irréel, et irréels du réel. » (p. 22)
•   S’impose à nous « de penser et de déchiffrer le monde présent tel qu’il est, avec toutes ses saillances d’horreurs et ses creusets d’artifices imaginaires toujours plus nombreux » en ayant comme perspective « que ce dévoilement des significations écartelées permette de poser des repères aux cheminements à venir. » (p. 169)
•  
Et une dernière devise pour la route : « Déchiffrer à vif les configurations troubles de nos univers partagés ». (p. 10)
1. SELIM Monique, Anthropologie globale du présent, L’Harmattan, 2019, 259 p. ISBN 978-2-3-43-17467-9

Bernard MÉRIGOT
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Que peut apporter le regard de l’anthropologie sur les pratiques pédagogiques ? Trois exemples (Amérindiens, Soninkés, Kanaks)

LA LETTRE DU LUNDI DE MIEUX ABORDER L’AVENIR, n°455, lundi 3 mai 2021

Diversité ou unité ? L’école, l’enseignement et l’éducation sont traversés par deux lignes de force. Nous sommes en présence d’un monde partagé :  Jean-Paul FILIOD, dans son introduction au numéro spécial de la revue Ethnologie française consacré à l’ « Anthropologie de l’école » publié en 2007, écrit que l’école est le « lieu d’une tension récurrente entre deux réalités » :

  • d’un côté, les diversités : c’est la promotion de l’individu et de sa liberté qui sont projetées dans l’espace public pluriel,
  • d’un autre côté, l’unité : c’est le cadre national du système éducatif, dont la République et la Laïcité ont le projet de définir une citoyenneté qui se situe « au-delà et au-dessus des appartenances dites communautaires ». (1)

Comment analyser les situations qui composent cette réalité double ? Sont-elles à force égales ? Ou bien illustrent-elles une partie de tir à la corde ?
Et comment interroger la pluralité des normes et cerner les logiques auxquelles se trouve confrontées par toute pédagogie (
Παιδαγωγία, Paidagoyía), art d’enseigner tout à la fois savoir, savoir-faire et savoir-être ?
Et enfin, comment remettre à leur justes place les pouvoirs (politiques, institutionnels, sociaux…) qui s’exercent sur les pratiques pédagogiques ?

Tintin instituteur au Congo : « Combien font deux plus deux ? » (1946).  Cette réédition de Tintin au Congo publie une illustration redessinée et un texte modifié par rapport à l’édition originale de 1931. Les albums des bandes dessinées d’Hergé (1907-1983) ont marqué depuis maintenant presque un siècle la culture de plusieurs générations d’adolescents, du XXe siècle et du XXIe siècle… Leur analyse comprend une importante littérature et les stéréotypes contenus dans chaque album méritent d’être replacés de façon critique dans le contexte historique de leur production. (Tintin au Congo, Tournai (Belgique), Casterman, 1946, p. 36).

DEUX RÉALITÉS, TROIS EXEMPLES

Inculquer à des enfants ce qui leur sera nécessaire pour vivre en société lorsqu’ils seront adultes relève d’un processus d’enculturation. Quelles « cultures » ? Avec quelles pédagogies ? Et pour vivre dans quelle(s) société(s) ? Cette perspective a animé de nombreuses recherches en anthropologie de l’éducation, d’abord aux États-Unis, puis en Europe. Elles ont concerné les minorités culturelles en portant attention aux différences qui séparent un milieu d’origine d’une société d’accueil.

L’anthropologue et sociologue Jean-Paul FILIOD présente trois exemples qui donnent à voir et à entendre les discontinuités existantes entre des « cultures » différentes, ainsi que les malentendus qui en découlent entre les enseignants et les élèves. Ces exemples sont les suivants :

  • l’enfant Amérindien silencieux,
  • l’enfant Soninké et son « rapport à plaisanteries »,
  • le refus de l’élève Kanak de participer au « jeu pédagogique » des questions/réponses.

1.L’ENFANT AMÉRINDIEN SILENCIEUX

Contexte. États-Unis, années 1970, enfants amérindiens.
Attente. Les enseignants attendent une participation orale des élèves en classe.
Situation. Certains élèves se font remarquer par leur silence. Plutôt effacés, ils manifestant le syndrome de « l’enfant indien silencieux » [Bachmann et al., 1981 : 198], (2) Les enseignants cherchent à encourager la communication verbale en posant des questions, et en se manifestant soit  par des sollicitations bienveillantes, soit par des injonctions fermes.
Aucun résultat. La réputation des enfants amérindiens est alors faite : timides, indifférents aux activités scolaires, non compétitifs, en retrait… Le premier diagnostic qui coule de source est celui d’un : « déficit linguistique dont le milieu familial serait la cause » [op. cit.].
Analyse anthropologique. Après réflexion et enquête, Susan PHILIPS [1972] rapporte que l’explication de ce silence tient à une différence de code de communication entre le milieu scolaire et le milieu communautaire.
Dans le milieu communautaire, les activités ouvertes à tous sont rarement organisées et dominées par un seul individu. Du coup, les élèves amérindiens se trouvant dans le milieu scolaire ne comprennent pas la place singulière de l’enseignant unique. (3)

Pensionnaires amérindiens et personnels du Pensionnat catholique d’Amos / Pensionnat de Saint-Marc-de-Figuery, en Abitibi (1955-1972) au Québec, lors de la visite de l’évêque d’Amos.  Depuis les débuts de la campagne d’évangélisation du XIXe siècle, les visites épiscopales constituaient des événements importants chez les Amérindiens de l’Ouest québécois, considérés comme tous convertis au christianisme au début du xxe siècle. Photo non datée (sans doute dans les années 1950), Archives Deschâtelets. Extrait de l’article de Marie-Pierre BOUSQUET, « Êtres libres ou sauvages à civiliser ? L’éducation des jeunes Amérindiens dans les pensionnats indiens au Québec, des années 1950 à 1970 », Revue d’histoire de l’enfance « irrégulière », 2012.

Les cas d’analyses erronées concernant des enfants amérindiens sont nombreux. Comme dans le cas des enfants qui ont été « éduqués » dans les pensionnats indiens au Québec dans les années 1950-1970, et où ils ont subis de très graves maltraitances.
Depuis les débuts de la campagne d’évangélisation du XIXe siècle, les visites épiscopales constituaient des événements importants chez les Amérindiens de l’Ouest québécois, considérés comme tous convertis au christianisme au début du xxe siècle.
Quels que soient les actes de reconnaissance et de repentance effectués par les autorités canadiennes au début du XXIe siècle, ces problèmes sont encore d’actualité en 2021. On lira avec profit l’étude de Marie-Pierre BOUSQUET, professeure au département d’anthropologie de l’université de Montréal. Spécialiste des questions amérindiennes du Canada. Elle s’intéresse particulièrement aux cultures et aux sociétés algonquiennes de l’Est canadien.
Elle écrit en 2012 que l’école canadienne « continue à valoriser des modes d’apprentissage qui correspondent aux codes occidentaux, par exemple dans les interactions entre les professeurs et les élèves, dans les évaluations des performances ». Elle en vient à se poser la question : « Peut-on adopter une pédagogie plus culturellement adéquate pour les Amérindiens ? » (4) Une question qui demeure d’actualité.

2. L’ENFANT SONINKÉ ET SON « RAPPORT A PLAISANTERIES »

Contexte. En France, années 1980, enfants d’origine Soninké (Afrique de l’Ouest sahélienne, Mali…).
Problème. Lors d’activités ludiques, ils manifestent à l’égard de leurs instituteurs et leurs animateurs de centre aéré un comportement qui est jugé dans le contexte scolaire et éducatif comme relevant de l’indiscipline, de l’arrogance, de l’irrespect, avec des bousculades, des injures…
Analyse anthropologique. Il apparaît manifestement que cette attitude de groupe est codée. Jacques Barou [1991] montre comment des Soninkés ayant migré en région parisienne depuis l’Ouest africain, continuent à se référer à leur système de parenté d’origine, pratiquant un « rapport à plaisanteries » entretenu avec leurs grands-parents et oncles restés au pays d’origine. (5)

3. LE REFUS DES ÉLÈVES KANAK DE PARTICIPER EN CLASSE AU JEU PÉDAGOGIQUE

Contexte. Nouvelle-Calédonie, années 1990, enfants kanaks.
Problème. Des enseignants de mathématiques rencontrent des difficultés avec des élèves d’origine kanak qui refusent à répondre aux exercices proposés.
Analyse anthropologique. Il apparaît que « l’idée de problème au sens où nous l’entendons – problème dont l’adulte connaît la solution mais qui est présenté de manière à ce que l’enfant ne puisse pas répondre immédiatement – est étrangère aux interactions coutumières » [Clanché, Sarrazy, 2002 : 15]. (6)

LIBERTÉ OU CONTRAINTE ?

Quelles sont les limites de la liberté ? Quelles sont les limites  de la contrainte ? Les deux questions appliquées à l’éducation ont des racines anciennes. Dans son Traité de pédagogie, publié après sa mort en 1803, Emmanuel KANT écrit : « Un des plus grands problèmes de l’éducation est de concilier sous une contrainte légitime la soumission avec la faculté de se servir de sa liberté. Car la contrainte est nécessaire ! Mais comment cultiver la liberté par la contrainte ? Il faut que j’accoutume mon élève à souffrir que sa liberté soit soumise à une contrainte, et qu’en même temps je l’instruise à en faire lui-même un bon usage. Sans cela il n’y aurait en lui que pur mécanisme ; l’homme privé d’éducation ne sait pas se servir de sa liberté. Il est nécessaire qu’il sente de bonne heure la résistance inévitable de la société, afin d’apprendre à connaître combien il est difficile de se suffire à soi-même, de supporter les privations et d’acquérir de quoi se rendre indépendant. » (7)

L’UNITÉ POLITIQUE CONTRE LES DIVERSITÉS PÉDAGOGIQUES

La dernière classe. « Alors il se tourna vers le tableau, prit un morceau de craie, et en appuyant de toutes ses forces, il écrivit aussi gros qu’il put « Vive la France ! ».  Extrait de « La Dernière classe. Récit d’un petit Alsacien » d’Alphonse DAUDET, in Contes du Lundi. Extrait de La Vie littéraire à l’École, Cours élémentaire, de E. HULEUX, 1915, p. 237. Collection CAD.

Les situations polyculturelles dans l’enseignement ne sont pas seulement internes à la classe. Elles sont également externes. Un exemple. Dans un manuel scolaire de Français destiné au cours élémentaire dont le titre est La Vie littéraire à l’École publié par E. HULEUX en 1915 (3e édition), une des leçons reprend le texte d’Alphonse DAUDET « La Dernière classe.
C’est le récit d’un petit Alsacien » extrait de ses Contes du Lundi de 1873. Il relate un épisode violent qui a été vécu douloureusement par les habitants des départements français annexés à la suite de la défaite de 1870. Il s’agit de la suspension  in situ  des instituteurs français, qui faisaient cours en langue française, et de leur remplacement immédiat par des instituteurs allemands qui feront désormais cours en allemand. Le texte, renforcé par une illustration, met en scène un instituteur français qui donne son dernier cours : « Alors il se tourna vers le tableau, prit un morceau de craie, et en appuyant de toutes ses forces, il écrivit aussi gros qu’il put « Vive la France ! ». (8)

Cette scène paroxistique, qui a pour théâtreune salle de classe se situe dans le contexte des suites d’une guerre. Elle montre le pouvoir politique, représenté par une armée d’occupation étrangère, qui interdit la pratique quotidienne d’un enseignement dans une langue et qui en impose une autre.

CONCLUSION

  • Les enseignants n’enseignent pas ce qu’ils ont envie d’enseigner, pas plus que les élèves n’étudient ce qu’ils sont susceptibles aimer étudier. Nombre d’exemples montrent que l’origine des décisions mises en œuvre à l’école ne sont pas de nature pédagogique (c’est-dire relevant d’une logique interne), mais de nature politique (c’est-à-dire subissant une logique externe).
  • Le pouvoir politique commande le pédagogique, soit directement (physiquement), soit indirectement (idéologiquement). Il impose ce qui doit être enseigné, comment, et par qui. L’enseignant s’inscrit à l’intérieur de ce cadre subit.
  • Et naviguant entre deux cultures, le bilinguisme colonial ne reconnaît aux élèves aucun « besoin particulier ».
  • Comment l’école inclusive de la fin du XXe siècle et du début de XXIe siècle s’accommode-t-elle des inclusions forcées ?

Bernard MÉRIGOT

Tintin instituteur au Congo : « Je vais vous parler de votre patrie : la Belgique » (1931).  Illustration et texte original de Tintin au Congo publié en 1931 par Hergé (1907-1983). Dans la réédition de 1946, le dessin sera revu avec le même cadrage. En revanche, le texte sera modifié. Il sera remplacé par « Combien font deux plus deux ? »


RÉFÉRENCES

1. FILIOD Jean-Paul, « Anthropologie de l’école. Perspectives », Ethnologie française, 2007/4 (Vol. 37), p. 581-595. DOI : 10.3917/ethn.074.0581. URL : https://www.cairn.info/revue-ethnologie-francaise-2007-4-page-581.htm

2. BACHMANN Christian, LINDENFELD Jacqueline, SIMONIN Jacky, 1981, Langage et communications sociales, Paris, Hatier.

3. PHILIPS Susan U., 1972, « Participant structures and communicative competence : Warm Springs children in community and classroom », in C. Cazden, V. John, D. Hymes (eds), Functions of language in the classroom, New York, Teachers College Press : 370-394.

4. BOUSQUET Marie-Pierre, « Êtres libres ou sauvages à civiliser ? L’éducation des jeunes Amérindiens dans les pensionnats indiens au Québec, des années 1950 à 1970 », Revue d’histoire de l’enfance « irrégulière » [En ligne], 14 | 2012. URL : http://journals.openedition.org/rhei/3415 ; DOI : https://doi.org/10.4000/rhei.3415

5. BAROU Jacques, 1991, « Familles africaines de France : de la parenté mutilée à la parenté reconstituée », in M. Segalen (dir.), Jeux de familles, Paris, Éd. du CNRS : 151-171.

6. CLANCHÉ Pierre, SARAZY Bernard, 2002, « Approche anthropodidactique de l’enseignement d’une structure additive dans un cours préparatoire kanak », Recherches en didactique des mathématiques, vol. 22, 1 : 7-30.

7. KANT Emmanuel, Traité de pédagogie, Auguste Durand, 1855. Traduction d’Auguste BARNI.

8. HULEUX E., La Vie littéraire à l’École, Cours élémentaire, Publications Alcide Picard, 1915 Paris, p. 237.
Voir la reproduction de l’illustration dans l’article :
MÉRIGOT Bernard, « Comment aborder la spécialité « Histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques » ? Les nouveaux programmes 2019 des classes Terminales des lycées », La lettre du Lundi de Mieux Aborder l’Avenir, n°366, lundi 19 août, 2019. http://www.savigny-avenir.fr/2019/08/19/comment-aborder-la-specialite-histoire-geographie-geopolitique-et-sciences-politiques-les-nouveaux-programmes-2019-des-classes-terminales-des-lycees/

Tintin, instituteur
HERGÉ, pseudonyme de Georges REMI (1907-1983), Tintin au Congo, 1931, p. 39.
HERGÉ, Tintin au Congo, Tournai (Belgique), Casterman, 1946. Réédition 1960, p. 39


LÉGENDES DES ILLUSTRATIONS

  • Tintin instituteur au Congo : « Combien font deux plus deux ? » (1946).  Cette réédition de Tintin au Congo publie une illustration redessinée et un texte modifié par rapport à l’édition originale de 1931. Les albums des bandes dessinées d’Hergé (1907-1983) ont marqué depuis maintenant presque un siècle la culture de plusieurs générations d’adolescents, du XXe siècle et du XXIe siècle… Leur analyse comprend une importante littérature et les stéréotypes contenus dans chaque album méritent d’être replacés de façon critique dans le contexte historique de leur production. (Tintin au Congo, Tournai (Belgique), Casterman, 1946, p. 36).
  • Pensionnaires amérindiens et personnels du Pensionnat catholique d’Amos / Pensionnat de Saint-Marc-de-Figuery, en Abitibi (1955-1972) au Québec, lors de la visite de l’évêque d’Amos. Photo non datée (sans doute dans les années 1950), Archives Deschâtelets. Extrait de l’article de Marie-Pierre BOUSQUET, « Êtres libres ou sauvages à civiliser ? L’éducation des jeunes Amérindiens dans les pensionnats indiens au Québec, des années 1950 à 1970 », Revue d’histoire de l’enfance « irrégulière », 2012. Depuis les débuts de la campagne d’évangélisation du XIXe siècle, les visites épiscopales constituaient des événements importants chez les Amérindiens de l’Ouest québécois, considérés comme tous convertis au christianisme au début du xxe siècle.
  • La dernière classe. « Alors il se tourna vers le tableau, prit un morceau de craie, et en appuyant de toutes ses forces, il écrivit aussi gros qu’il put « Vive la France ! ». « La Dernière classe. Récit d’un petit Alsacien » d’Alphonse DAUDET, in Contes du Lundi. Extrait de La Vie littéraire à l’École, Cours élémentaire, de E. HULEUX, 1915, p. 237. Collection CAD.
  • Tintin instituteur au Congo : « Je vais vous parler de votre patrie : la Belgique » (1931).  Illustration et texte original de Tintin au Congo publié en 1931 par Hergé (1907-1983). Dans la réédition de 1946, le dessin sera revu avec le même cadrage. En revanche, le texte sera modifié. Il sera remplacé par « Combien font deux plus deux ? »

La Lettre du lundi de Mieux Aborder l’Avenir
n°55, lundi 3 mai 2021


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« Chez-soi » est-il un concept anthropologique ?

LA LETTRE DU LUNDI DE MIEUX ABORDER L’AVENIR, n°451, lundi 5 avril 2021

Chez-soi, chez-moi, chez-vous, chez-eux… : « chez » est une préposition qui se décline. Est-ce pour autant un concept ? Ou bien une famille de concepts ? Le Journal de Culture et Démocratie a publié à la fin de l’année 2020 un numéro hors-série intitulé de façon interrogative « Chez soi ? ». (1) Cette interrogation est formulée à un moment où, comme il est écrit dans la présentation, « la planète s’est enfermée dans sa quasi-totalité pour une première fois au printemps pour faire face au risque que représente le Coronavirus-19 ». Un enfermement dont l’un de ses mots d’ordre historique introduit en 2020 aura été « Restez-chez-vous ». Cette injonction paradoxale, quelque que soient ses motivations dictées par l’actualité sanitaire, doit être interrogée par les sciences sociales. C’est à ce travail que s’est livré le « Séminaire Anthropologie, Psychanalyse et Politique. Regard sur les terrains » lors de sa séance du vendredi 3 avril 2021. (2)

« Restez chez-vous, Macron demande aux Français de rester chez eux ». Extrait de Made in Marseille, 16 mars 2020. https://madeinmarseille.net/62934-coronavirus-macron-annonce-le-confinement-chez-soi

« RESTER CHEZ-SOI », C’EST ALLER PARTOUT

Le mot d’ordre présidentiel, énoncé ici dans son injonction collective par la formule « restez chez-vous », signifie pour chaque individu de « rester chez-lui », c’est-à-dire d’illustrer le « demeurer-chez-soi ». La parole macronienne doit être considérée ici comme une formidable Fake news, une fausse nouvelle, une information mensongère diffusée dans le but de tromper et de manipuler. Car « rester chez-soi » signifie exactement le contraire, c’est-à-dire : aller partout dans le monde avec son ordinateur, sa tablette, son téléphone. Certes, les déplacements physiques sont soit arrêtés, soit limités, mais les circulations de données numériques se trouvent multipliées à l’infini.
Ce qui rend supportable l’état de confinement, c’est le déconfinement débridé des circulations par Internet, sous toutes ses formes, pour échanger de façon interactive (à sens unique ou à double sens), photos, musiques,  vidéos… (sites institutionnels, associatifs et individuels, SMS, Facebook, TikeTok, Instagram, Facebook, Zoom…). Ce que l’on est empêché de faire est remplacé par une formidable ouverture : le confinement physique autorise, sans limite, toutes les libertés. Confiner des corps physiques, c’est déconfiner des corps numériques.

LE CONTEXTE IDENTITAIRE

Dans les années 1970-1980, poussée par l’économie capitaliste, un mouvement de mondialisation s’engage à l’échelle planétaire :

  • On commence à évoquer une « unification du monde » autour des termes de mondialisation, globalisation, planétarisation… et à penser en termes de flux, de déplacement, de circulation des capitaux, des personnes, et des cultures.
  • Cela a pour effet de refermer chacune des frontières sur ses territoires (Russie, États-Unis, Royaume-Uni…) autour d’identités nationales et traditionalistes.
  • La problématique du retour-de-l’habiter devient un refuge pour  chaque territoire concret de penser ses propres appartenances. Comment les recherches de terrain pensent-elles leurs manifestations individuelles et collectives ?

LA DESTRUCTION PROGRAMMÉE DU « CHEZ-SOI »

Le « chez-soi » peut connaître aussi bien le régime de la revendication enracinée, bruyante,  que l’acceptation silencieuse de sa destruction programmée. L’une de ces dernière porte un nom : celui de rénovation urbaine. Corinne LUXEMBOURG, Maître de conférence à l’École supérieure d’Architecture de Paris-La Villette, relate une expérience de terrain. Elle illustre le fait que derrière la sécurité du logis se cache la dignité des êtres. Menacer cette sécurité, c’est attenter à la dignité de ceux qui y vivent.

« Un jour, dans une commune de banlieue française, a lieu une réunion d’un conseil de quartier de prévention en présence d’un commissaire, d’un responsable de police municipale, d’un adjoint au maire, d’une représentante d’un bailleur social et d’habitant·et d’habitantes du comité de quartier désignés selon une procédure mystérieuse.
Il est question d’un programme de rénovation urbaine du quartier qui doit commencer dans les mois à venir et dont personne parmi les participant·ne donnera d’information tangible. Il est question de logements démolis d’abord, d’autres reconstruits mais après, de sorte que la possibilité pour les demandeurs de logement d’accéder à un chez-soi s’en trouve réduite. Donc, des logements seront démolis. Mais lesquels ? Quelle rue sera concernée ? Quelle cage d’escalier ? Qu’ont déjà décidé tous les responsables institutionnels
sans trouver comme nécessaire de se concerter d’abord la population vivant là ?
L’inquiétude, plutôt même l’angoisse, est palpable.
» (p. 9) (2)

C’est ainsi qu’une soft-violence détruit d’innombrables « chez-soi » d’habitants intégrés pour transformer en nouveaux déracinés dans leurs lieux de relogement imposé.

ÉTRANGE FAMILIARITÉ
FAMILIÈRE ÉTRANGETÉ

« A la recherche du concept perdu de chez-soi » pourrait être un film à la façon de « Indiana Jones. Les aventuriers de l’arche perdue » (Raiders of the Lost Ark, réalisé par Stephen SPIELBERG, 1981), c’est-à-dire une course-poursuite aux rebondissements multiples et aux retournements de situations, le sens de la séquence présente trouve chaque fois son sens dans la séquence qui la suit.
On est sans cesse confronté au spectaculaire, constamment dans l’implicite, le non-compris, voire l’incompréhensible. Cela tient au fait qu’il y a du latent, du non-révélé, du caché. Cela s’ouvre sur un paradoxe que Pascal HAMPHOUX et Lorenza MONDADA observent avec pertinence :

« Le concept de chez-soi renvoie ainsi au paradigme latent qui juxtapose des valeurs de permanence, de stabilité ou de sécurité, qui privilégie les figures spatiales de la clôture, de l’enfermement et de l’immobilité.
Si une telle configuration peut plonger ses racines dans la ratio étymologique, une autre configuration peut être imaginée, qui s’inspire du mouvement même de l’affranchissement de l’origine et d’élargissement du mot, et qui s’interroge en même temps sur les conditions de possibilités de l’identité subjective dans un rapport dynamique et nomade de l’espace.
Le chez-soi devient, selon cette dernière perspective, un rapport que le sujet recrée sans cesse avec les espaces qu’il parcourt, dans l’élaboration d’un sens qui n’est ni répétition, ni identification, mais genèse de structures et de repères produisant un sentiment d’étrange familiarité. » (p. 137-138)

BONJOUR CHEZ-VOUS

« Bonjour chez-vous » demeure pour les téléspectateurs de la série télévisé Le Prisonnier (The Prisoner, 1967), écrite par Georges MARKSTEIN et Patrick McGOOHAN, la formule répétitive qui vient clore les conversations que les personnages échangent lorsqu’ils se quittent. Les 17 épisodes de 52 minutes, soit près de 17 heures de programme rediffusées de multiples de multiple fois depuis plus de cinquante ans, et les thèmes empruntés au roman d’espionnage, à la science fiction et à la contre-culture des années 1970 (« Je ne suis pas un numéro. Je suis un homme libre »), ont marqué de nombreuses générations et continuent d’en marquer de nouvelles.
La traduction du doublage français Bonjour chez-vous traduit le « Be seeing you » (« A vous revoir », ou « A bientôt ») de la version originale. Elle s’est imposée comme une formule qui veut dire davantage qu’un « Au revoir » dans la mesure où elle évoque un prolongement, un après, en l’occurrence pour le personnage du Prisonnier n°6 interprété par Patrick McGOOHAN qui rentre « chez lui » seul, et où personne ne l’attend.

  • « Bonjour » : c’est n’avoir personne à qui s’adresser, et donc ne parler à personne.
  • « Chez-vous » : c’est la double incertitude : la prison sans cause et la prison sans durée.

CONCLUSIONS

  • Travailler « chez-soi », être « seul avec les autres »
    Les téléconférences numériques se sont aujourd’hui imposées comme le modèle distanciel universel, non seulement pour les réunions professionnelles, associatives ou personnelles, mais aussi pour les cours d’enseignement (université, lycée, collège, école élémentaire, et même maternelle), les stages de formation, les séminaires de recherche, les colloques internationaux…
  • Pour être en relation interactive avec le monde extérieur désormais – c’est une obligation – chacun doit se se débrouiller chez-lui avec son petit ordinateur personnel (sa petite webcam, son petit abonnement Internet, sa petite imprimante…) pour pallier les confinements imposés par la pandémie Covid-10 depuis 2020. Chez-soi est devenu un petit studio de télévision indispensable pour être ouvert sur le monde.
  • Une évidence s’impose : on ne reviendra jamais au régime présentiel d’avant. On n’a pas encore bien mesuré les effets de ces pratiques et de l’usage universel imposé par les logiciels de téléconférence (Zoom, Google Meet, Microsoft Teams, Skype…). Il doit être relevé que les participants du séminaire qui réfléchit au « chez-soi », sont chacun chez-lui.
  • Chacun dans une case. L’écran de chaque utilisateur se partage désormais en une série de carrés comprenant l’image animée de chaque participants. La chose n’était pas prévisible, bien que déjà imaginée par nombre de films et de séries de science fiction. Il a été anticipé depuis plus de quarante ans par la télévision, les relations sociales étant représentées selon le mode d’un échiquier. Le dispositif n’est pas anodin. L’existence consiste désormais à occuper une case dans laquelle on est à la fois chez-soi, et avec les autres. Comme disait au début d’une téléconférence un élève de collège à une enseignante : « Madame, vous avez de beaux livres, et ils sont bien rangés. »
  • Qu’est-ce qu’ un concept anthropologique ?  C’est une notion opérative, élaborée précisément au sein de cette discipline qui appartient aux Sciences humaines et sociales (en l’occurence l’anthropologie sociale, tout en demeurant ouverte aux autres disciplines comme l’ethnologie, la sociologie, la philosphie, la psychanalyse…). Appliquée à une situation, à un terrain d’observation, à un corpus constitué, elle permet de donner un sens à des phénomènes, à des comportements, à des actes individuels et collectifs. Le « chez-soi » est indéniablement un concept à la fois politique (lié à des décisions de pouvoir) et  pratique (vécu par les confinés, les télétravailleurs, les élèves des collèges, lycées et universités) dont l’apparition dans l’espace public et privé est liée à la pandémie Covid-19 de mars 2020 et aux confinements qu’elle a entrainé. Il s’agit d’un concept scientifique en formation dont il faut suivre la construction.

Bernard MÉRIGOT


DOCUMENT

CHEZ-SOI ?
Le Journal de Culture & Démocratie
Hors-série, 2020

« Chez-soi », Hors-série, Le Journal de Culture et Démocratie, Bruxelles (Belgique), 2020., 82 p. https://www.cultureetdemocratie.be/

SOMMAIRE
  • Édito, p.2
    Corinne Luxembourg
  • Le mythe du retour, p. 6
    Dominique Bela
  • L’os du chez-soi, p. 9
    Corinne Luxembourg
  • Où est le « chez-soi » des éleveurs et éleveuses nomades de Mongolie ?, p. 13
    Charlotte Marchina
  • Humain, plus-qu’humain, P. 17
    Anna Tsing
  • Chez soi, littéralement, p.21
    Maria Elena, Naty et Valérie
  • Le cauchemar comme lieu de vie, p.25
    Joseph Tonda
  • Aller ailleurs. Pourquoi ? p. 29
    Julie Romeuf
  • Sur l’advenir et le devenir du souci du « chez-soi » européen, p.33
    Christian Ruby
  • Fils d’Arabe, p.37
    Zaïneb Hamdi
  • Il n’y a pas de naturalité du chez-soi, p.40
    Entretien avec Monique Selim
  • Les lignes de fuites, p. 43
    Hamedine Kane
  • Gaza : de l’enclave au continent, p. 46
    Ziad Medhouk
  • Ici ou ailleurs, p. 49
    Nimetulla Parlaku
  • Héros sans domicile fixe, p. 53
    Toma Muteba Luntumbue
  • L’Autre, p.57
    Zaïneb Hamdi
  • Politiques du retour, p. 60
    Entretien avec Yala Kisukidi
  • Le plus long voyage, p. 64
    Basel Adoum
  • Le contretemps de l’émigration et « l’impossible retour » des migrant/migrantes haïtiens/haïciennes, p. 69
    Bodeler Julien
  • Migrants, p. 73
    Zaïneb Hamdi
Côté images
  • Tendre à une écriture collective des territoires, p.77
    Entretien avec Axelle Grégoire
  • Axel Claes, p.81
    Maryline le Corre
En ligne
  • Bloc 9
    Dominique Bela
  • Journal photographique de Beyrouth
    Entretien avec Philippe Audi-Dor

RÉFÉRENCES DE L’ARTICLE
1. « Chez-soi ? »,
Hors-série, Le Journal de Culture et Démocratie, Bruxelles, (Belgique), 2020, 82 p. https://www.cultureetdemocratie.be/productions/view/chez-soi

2. LUXEMBOURG Corinne (ed.), « Chez-soi ? », Hors-série, Le Journal de Culture et Démocratie, Bruxelles, (Belgique), 2020. Voir « Éditorial », p. 2-4.

3. « Chez-soi », Séance du vendredi 2 avril 2021, Séminaire Anthropologie, Psychanalyse et Politique. Regards sur les terrains, Détresses globales : politiques et productions de subjectivités, Fondation Maison des Sciences de l’Homme (FMSH), Maison Suger, Paris 5e. (En visioconférence).
Séminaire organisé par Olivier DOUVILLE (Psychanalyste, Laboratoire CRPMS Université de Paris 7), Nicole KHOURI (Sociologue, IMAF), Julie PEGHINI (Anthropologue, Maître de conférences en sciences de l’information et de la communication, Université de Paris 8, Laboratoire CEMTI), Monique SELIM Anthropologue, Directrice de Recherche émérite à l’IRD CESSMA, Ferdinando FAVA (Anthropologue, Professeur à l’université de Padoue (Italie), Laboratoire LAA UMR 7218 LAVUE).

4. AMPHOUX Pascal, MONDADA Lorenza, « Le chez-soi dans tous les sens », Architecture et Comportement/Architecture and Behaviour, Colloquia, École polytechnique fédérale de Lausanne, 1989, vol. 5 (n°2), p. 135-152. hal-01561820 https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-01561820/document


LÉGENDES DES ILLUSTRATIONS

« Restez chez-vous, Macron demande aux Français de rester chez eux ». Extrait de Made in Marseille, 16 mars 2020. https://madeinmarseille.net/62934-coronavirus-macron-annonce-le-confinement-chez-soi/


COMMENTAIRE
6 avril 2021

Sur le phénomène des effets provoqués par l’usage du logiciel Zoom et sur la fatigue ressentie par ses usagers (Zoom Fatigue), voir :


La Lettre du lundi de Mieux Aborder l’Avenir
n°51, lundi 5 avril 2021


Territoires et Démocratie numérique locale (TDNL) est un média numérique mis en ligne sur le site http://savigny-avenir.info.
ISSN 2261-1819 BNF. Dépôt légal du numérique
Le site est sans publicités. Il est supporté par une structure associative et collaborative indépendante, sans but lucratif, le Groupe Mieux Aborder L’Avenir (MALA).
Vous pouvez nous aider par vos dons. http://www.savigny-avenir.fr/faire-un-don/
Tous les articles en ligne sont consultables gratuitement dans leur totalité. Un article peut être reproduit à la condition de citer sa provenance et en faisant figurer son lien http://
.
Référence du présent article : http://www.savigny-avenir.fr/2021/04/05/chez-soi-est-il-un-concept-anthropologique/

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Après l’incendie du Centre de données (Data Center) de Strasbourg. « OVH, le Cloud et l’Internaute »

LA LETTRE DU LUNDI DE MIEUX ABORDER L’AVENIR, n°448, lundi 15 mars 2021

On lira ci-dessous un entretien avec Bernard MÉRIGOT, Rédacteur en chef de Territoires et Démocratie Numérique Locale (TDNL) et président de Mieux Aborder L’Avenir (MALA).

  • Dans la nuit du 9 au 10 mars 2021 un incendie s’est déclaré dans le data center d’OVH Cloud à Strasbourg. Brutalement 3,6 millions de websites HTTP représentant 464 000 noms de domaines se sont retrouvés hors ligne. (1) Qu’en pensez-vous en tant que client d’OVH ?

Bernard MÉRIGOT. Territoires et Démocratie Numérique Locale (TDNL) est un média numérique (ISSN : 2261-1819) qui est en ligne sur le site http://savigny-avenir.info Nous sommes clients depuis maintenant plus de dix ans (2010) d’OVH. Tous les ans, nous payons un abonnement pour notre site, nos services de mails, nos noms de domaine.

•   Nous sommes globalement satisfaits de la continuité des services et des prestations assurées par OVH en tant que Fournisseur d’accès Internet (FAI) et d’hébergeur de bases de données.

•   Nous n’avons pas été atteints par les effets de l’incendie du mars 2021 et nous tenons à exprimer notre compassion et notre solidarité, en tant qu’usagers, pour ceux qui sont confrontés à des pertes de données numériques, qu’elles soient temporaires ou définitives.

Incendie du data center d’OVH à Strasbourg des 9-10 mars 2021. Crédit photographique JDN, Le Journal du Net. https://www.journaldunet.com/web-tech/cloud/1498567-incendie-chez-ovh-l-offre-de-cloud-prive-touche-en-plein-coeur/

NOUS SOMMES UN « MÉDIA http:// »
PARMI TANT D’AUTRES…

  • Comment se situe Territoires et Démocratie Numérique Locale (TDNL) parmi les médias numériques ?

B.M. Nous sommes supportés par une association Loi de 1901 sans but lucratif qui est Mieux Aborder L’Avenir (MALA) qui possède un SIREN/SIRET.
Notre site ne comporte aucune publicité et la totalité de nos articles est entièrement accessible. On ne trouvera nulle part, après un premier paragraphe d’introduction, une mention du genre « Il vous reste 80 % de l’article à lire. Vous devez vous abonner pour y accéder ». Nos visiteurs peuvent lire gratuitement 100 % de nos articles.
Nous occupons une place – qui est peut-être modeste, mais nous l’occupons, à part égale avec les médias professionnels – dans la galaxie médiatique des articles de fonds et de recherche. Nous avons quand même en ligne  2500 articles, et 4000 photographies et documents pdf en ligne.

  • Quel est votre bilan après dix années d’activité ?

BM. Notre site a été créé en 2010. Il a commencé son premier jour avec un premier article en ligne, puis deux, puis trois… Il a régulièrement publié, plusieurs fois par semaine, de nouveaux articles qui se sont ajoutés aux précédents.
Notre lectorat a suivi l’augmentation de notre offre en ligne. Il a atteint le total de 1 million de visites en 2015. Il est aujourd’hui, en 2021, à un total cumulé d’environ 6 millions de visites depuis notre création. La fréquentation quotidienne est évidemment variable selon les jours et les mois. Durant le mois de février 2021, pour prendre un seul exemple, 177 496 pages ont été visitées. C’est pas mal.

  • Est-ce que votre ligne éditoriale a changé en dix années ?

BM. Notre devise est empruntée à Christophe de SAVIGNY (1530-1587), érudit et «encyclopédiste» de la Renaissance. Elle est toujours « Tost ou tard, près ou loing, a le fort du faible besoing ».
Nous pensons que la pertinence de l’analyse du monde, ainsi que la transmission des leçons tirées des expériences acquises, ne sont en aucun cas liées à la notoriété personnelle ou institutionnelle de ceux qui les portent. Seule une pratique critique, s’appuyant sur des enseignements et des recherches fondées, est garante de l’authenticité humaine – c’est-à-dire citoyenne – d’une démarche.
La question qui se pose est : Comment je me situe, moi sujet social, par rapport aux opinions que j’exprime et aux connaissances que je prétends proposer au monde ?

Le contenu du site est toujours défini de la même façon : « Anthropologie globale du présent. Anthropologie citoyenne. Intelligence territoriale. Éditorialisation des identités locales. Récits de politique publique (Policy narrative). Gouvernances locales. Démocratie expérimentale. Démocratie participative. »

Ce qui caractérise notre façon de considérer le numérique, c’est d’être une «anthropologie du numérique». Elle est explicitée, par exemple, dans un numéro spécial intitulé « Marges et numériques » du Journal des Anthropologues (n° 142-143, 2015).

Marges et numérique, Journal des Anthropologues, 2015, n°142-143, 340 p. https://www.cairn.info/revue-journal-des-anthropologues-2015-3.htm

COMMENTAIRE DE LA COUVERTURE DU NUMÉRO. Elle reproduit une carte des connexions à Internet dans le monde. Celles-ci, figurées par des couleurs de diverses intensités, illustrent les inégalités géographiques ou sociales qui structurent son accès : de très vastes régions de la planète demeurent dans l’obscurité.
RÉFÉRENCES
MATTELART Tristan, PARIZOT Cédric, PEGHINI Julie et WANONO Nadine, « Le numérique vu depuis les marges », Journal des anthropologues, 2015, p.142-143. DOI : https://doi.org/10.4000/jda.6192 http://journals.openedition.org/jda/6192
  • Quel est le rapport entre votre activité, votre lectorat et l’incendie du data center d’OVH ?

BM. Il faut prendre en compte le fait que notre site reçoit chaque année un total d’environ 50 000 visiteurs qui lisent 1 000 000 de pages. Le bilan de l’année 2020 a été de 41 966 visiteurs et de 1 144 352 pages visitées. Son siège est en France, il est publié en langue française, mais il est consulté par le monde entier.
Nos articles comportent tous les références bibliographies (établies selon les normes universitaires) des sources utilisées. Nous sommes devenus un site de référence pour nombre d’universités et de centres de recherche en sciences humaines et sociales. Cela a entraîné une évolution dans l’ écriture et la publication de nos articles.
Nous sommes à l’opposé de ceux qui cherchent à produire des « buzz » (rumeurs qui se propagent rapidement sur les réseaux sociaux), des articles sans portée sur des sujets d’actualité qui disparaissent aussi vite qu’ils sont apparus. Nos articles sont désormais moins nombreux, plus longs, et ils s’efforcent d’apporter un regard citoyen sur l’action publique et sur les rapports de pouvoir qui s’exercent au sein des sociétés. Pour celà nous utilisons des notions, des concepts, des éléments de théorie, des expériences appartenant aux sciences humaines et sociales en général, et à l’anthropologie sociale telle que la concevait Claude LEVI-STRAUSS et telle que la conçoit aujourd’hui l’anthropologie de la mondialisation.
La mondialisation avec Internet nous ouvre une audience mondiale, et l’épisode malheureux rencontré par OVH qui est une entreprise française, est un effet induit par la mondialisation.

A partir de ce moment, nous avons une mission à remplir et la continuité permanente de l’accessibilité de nos articles, ainsi que la sauvegarde intégrale de leurs contenus, constituent un impératif absolu.

40 % DE NOS VISITEURS SONT AUX USA

Carte de la répartition dans le monde des visiteurs du média numérique Territoires et Démocratie Numérique Locale (TDNL) sur le site http://savigny-avenir.fr (créé en 2010). Carte établie le 12 mars 2021. Échelle décroissante de couleur en quatre catégories : Vert foncé, Vert, Vert pâle, Brun. © TDNL/Savigny-avenir, 2021

  • Qui sont vos visiteurs ?

BM. Sans entrer dans les détails, une analyse globale du dernier million de nos visiteurs  montre une répartition de leur localisation en quatre groupes :

  • En vert foncé : États-Unis d’Amérique (pour 40 %),
  • En Vert : Chine, France, Allemagne, Chine, Ukraine (pour environ 35 %),
  • En Vert clair : Russie, Grande-Bretagne, Estonie, Suède, Inde, Turquie, Roumanie  (pour environ 20 %),
  • En Brun : Canada, Seychelles, Japon, Mexique, Italie, Nouvelle-Zélande, Vietnam, Colombie, Italie, Roumanie, Inde, Indonésie…

La totalisation USA + Chine + Russie représente 57 % des visites de notre site.

  • Pour conclure, cette actualité de l’incendie d’un Data center vous amène quelles réflexions ?

BM. Toute catastrophe est un révélateur, à la fois physique, technique et anthropologique. Comment est-elle vécue ? Peut-elle être surmontée ? Et comment ? Quel rapport entrenons-nous avecla menace que représente la crainte que sa répétition inspire ?
Les sciences sociales sont en lutte contre l’évaporation de l’actualité superficielle temporaire (AST) qui se manifeste à chaque moment de la vie quotidienne.
Un seul exemple – couramment admis selon le mode de l’aveuglement – celui de l’usage universellement répandu des micros-trottoirs des journaux télévisés. Ils prétendent refléter l’opinion publique générale («ce que pensent les gens»), alors que du fait des conditions de leur captation toujours mise en scène (camera, reporter…), et des choix éditoriaux du montage final, ils opérent une manipulation, construisant une opinion qui relêve de la fiction.
La seule « vraie révélation » que l’on peut attendre, est celui du dévoilement de la complexité des structures englobantes des objets numériques.

C’est pourquoi nous disons que le problème des data centers ne s’achève pas, et ne s’achèvera pas :

  • ni avec l’extinction de l’incendie,
  • ni avec la détermination de sa cause (un onduleur qui aurait pris feu  ?),
  • ni avec la restauration d’une partie des données perdues,
  • ni avec le deuil des données définitivement perdues,
  • ni avec les nouvelles offres technico-commerciales des Fournisseurs d’accès Internet (FAI) comme OVH, qui doivent garantir une sauvegarde totale, à 100 % des données.

Schéma de principe de climatisation d’un data center élaboré par ABC CLIM. https://www.abcclim.net/climatisation-datacenter.html

LÉGENDE DE L’ILLUSTRATION
1. Allée froide, 2. Porte vitrée (confinement), 3. Faux plancher technique, réseau électrique, 4. Plafond étanche(confinement), 4. Allée chaude.
COMMENTAIRE
Un data center (ou centre de données, ou encore serveur) concentre des données dans des baies de stockage munies de serveurs informatiques. Ces dernières années, compte tenu de l’évolution des capacités de stockage sans cesse grandissantes des disques durs de nouvelles générations et de leurs densités, la quantité de chaleur à évacuer est devenue très importante.
Elle est de l’ordre de 2 kW par mètre carré de baies. Pour garantir les performances et le fonctionnement pérenne de ces installations, il est nécessaire de climatiser et d’évacuer cette chaleur.

LA THÉORIE DES DEUX PARADOXES DU NUMÉRIQUE

Un Retour sur expérience (RETEX) de cet incendie – qui est loin d’être un accident et qui relève à l’évidence du symptôme – doit donner lieu à une analyse anthropologique conduite non pas de façon abstraite, mais à partir de pratiques sociales concrètes observées et d’enquêtes portant sur l’imaginaire numérique.

  • Quels sont les rapports que les sociétés modernes entretiennent avec les machines et les réseaux numériques ?
  • Quels sont les propres rapports que moi j’entretiens avec ces mêmes machines ? Professionnellement, socialement, individuellement ?
  • Qu’est-ce qui se passe lorque les réseaux s’arrêtent et que les données disparaissent ?

On s’aperçoit que l’on débouche sur le fait les pratiques numériques reposent sur deux paradoxes croisés.

PREMIER PARADOXE
Qu’est-ce qui est matériel ? Qu’est-ce qui est immatériel ?

  • La numérisation des données informatiques repose sur leur dématérialisation qui les amène à circuler sur les réseaux et à être stockées en ligne (le cloud, le « nuage » en français).
  • Les données informatiques nécessitent des espaces matériels, physiques regroupant les équipements matériels permettant leur stockage, les data centers.

DEUXIÈME PARADOXE
Qu’est-ce qui est visible ? Qu’est ce qui est invisible ?

  • Les data centers sont abrités dans des bâtiments de taille très importante, très gros consommateurs d’électricité et producteurs de nuisances sonores et de dégagements de chaleur. Ils sont un
  • Pourtant, à ce jour les data centers bénéficient d’une quasi invisibilité sociale. Clément MARQUET remarque que « Les data centers sont aussi discrets dans le paysage des villes, certains sont implantés dans d’anciens immeubles ou entrepôts reconfigurés. L’architecture des bâtiments est générique et ne donne pas d’indice sur leur activité. » (3)

Nos conclusions sont les suivantes :

  • Il n’est pas possible de se contenter de conseiller à ceux qui habitent ou qui travaillent à coté d’un data center (encore faut-il qu’ils le sachent) de fermer leurs fenêtres et de couper leur climatisations en cas d’incendie afin de respirer le moins possible les fumées toxiques qui s’échappent…
  • On ne peut pas non plus conseiller aux utilisateurs de données de multiplier leurs sauvegardes chez un deuxième fournisseur d’accès Internet (FAI) ou hébergeur, en espérant que le data center de secours  ne rencontre pas d’incident. Et pourquoi pas un troisième, un quatrième… ? (2)
  • Constater – comme on l’avance –  qu’un incident sur un onduleur peut mettre le feu à tout un data center en dit long sur la fragilité des dispositifs matériels créés par l’homme. Rappelons qu’un onduleur est un dispositif de sécurité qui a pour fonction d’empêcher les conséquences d’un arrêt brutal d’alimentation. Voir un dispositif de sécurité causer un incendie constitue un inquiétant paradoxe.
  • Il ne faut pas que « OVH, le Cloud et l’Internaute » devienne le titre d’une fable de La Fontaine dans laquelle l’usager serait à la merci d’une fatalité qui légitime l’incertitude numérique, illustration du principe qu’on ne saurait être complétement sûr de rien.
  • Nous avons eu le nuage de Tchernobyl que (presque) personne n’a voulu voir. Nous avons aujourd’hui le nuage de l’incendie du data center avec toutes ses fumées toxiques.
  • Le destin de nos données serait-il de partir en fumée ? Il est urgent de sortir du nuage du cloud numérique. Celui-ci est perçu par une majorité d’utilisateurs comme une pure abstraction (une sorte de software insaisissable) alors que c’est d’abord et avant tout, du hardware, c’est-à-dire du matériel physique, des machines mécaniques avec leurs forces et leurs faiblesses.
  • Il ne faudrait pas que, pressé par d’autres actualités, on escamote les nuages. Il faut que nos consciences reterritorialisent ce qui apparaît faussement comme des immatérialités. Le cloud n’est pas ailleurs, il est chez nous, dans nos villes. Et nous devons savoir qu’il est combustible.

RÉFÉRENCES DE L’ARTICLE

1. https://www.journaldunet.com/web-tech/cloud/1498567-incendie-chez-ovh-l-offre-de-cloud-prive-touche-en-plein-coeur/

2. Une « sauvegarde » qui n’est pas récupérable d’une façon certaine est-elle une sauvegarde ?

  • « L’incident a eu un impact direct sur des milliers de sites d’entreprises, d’associations, de collectivités territoriales et de plateformes gouvernementales. Michel Paulin, directeur général d’OVH Cloud, a estimé chez nos confrères de BFM Business qu’aujourd’hui « entre 12 000 et 15 000 entreprises sont partiellement ou totalement affectées ». Au moment de l’incident, le chiffre de 3,6 millions de sites web a été avancé en se basant sur l’analyse de la société américaine Netcraft. La question pour la majorité des responsables des sites est de pouvoir les relancer et surtout si les sauvegardes sont récupérables. »
    RÉFÉRENCES
    CHEMINAT Jacques, « Incendie OVH Strasbourg : des sites toujours touchés, les dirigeants s’expliquent », Le Monde informatique, 12 mars 2021. https://www.lemondeinformatique.fr/actualites/lire-incendie-ovh-strasbourg-des-sites-toujours-touches-les-dirigeants-s-expliquent-82266.html
  • « L’hébergeur vient de partager un tableau dans lequel les clients OVH peuvent consulter l’état de leurs données. Certaines sont récupérables, en cours d’investigation, et d’autres sont définitivement perdues ».
    RÉFÉRENCES
    CIMINO Valentin,
    « Incendie du Datacenter OVH : toutes les données ne sont pas récupérables », Siècle Digital, 16 mars 2021. https://siecledigital.fr/2021/03/16/ovh-incendie-donnees/

3. MARQUET Clément, Ce nuage que je ne saurais voir. Promouvoir, contester et réguler les data centers à Plaine Commune (Seine-Saint-Denis), Doctorat de Sociologie, Telecom Paris Tech, 19 novembre 2018.


LÉGENDE DES ILLUSTRATIONS


La Lettre du lundi de Mieux Aborder l’Avenir
n°448, lundi 15 mars 2021


Territoires et Démocratie numérique locale (TDNL) est un média numérique mis en ligne sur le site http://savigny-avenir.info.
ISSN 2261-1819 BNF. Dépôt légal du numérique
Le site est sans publicités. Il est supporté par une structure associative et collaborative indépendante, sans but lucratif, le Groupe Mieux Aborder L’Avenir (MALA).
Vous pouvez nous aider par vos dons. http://www.savigny-avenir.fr/faire-un-don/
Tous les articles en ligne sont consultables gratuitement dans leur totalité. Un article peut être reproduit à la condition de citer sa provenance et en faisant figurer son lien http://.
Référence du présent article : http://www.savigny-avenir.fr/2021/03/16/apres-lincendie-du-centre-de-donnees-data-center-de-strasbourg-ovh-le-cloud-et-linternaute/

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Les chrétiens en repentance à l’égard de la crise écologique ? Un colloque à l’Institut catholique de Paris

LA LETTRE DU LUNDI DE MIEUX ABORDER L’AVENIR, n°445, lundi 22 février 2021

Est-ce que le modèle chrétien de domination de l’homme sur la nature a servi pendant des siècles d’encouragement et de justification à la dévastation de l’environnement dont nous vivons aujourd’hui les effets ?
La question a été posée très clairement en 1967, il y a un peu plus de cinquante ans, par Lynn WHYTE, professeur d’histoire à l’Université de Californie à Los Angeles dans son article intitulé
« Les Racines historiques de notre crise écologique » (The Historical Roots of our Ecologic Crisis). (1). Il inaugurait un débat à la fois politique, économique, philosophique, idéologique et théologique.
Un des fondements chrétiens se trouve dans la Bible, lorsque « Dieu dit » :
emplissez la Terre et soumettez-la (Genèse, I, 28). « Dominer la Terre, la nature, les animaux » : l’homme et l’économie capitaliste se sont empressés d’honorer – sans limite – cette autorisation, jusqu’à faire disparaître nombre d’espèces animales, polluer durablement terres et océans, et surtout en produisant CO2 et gaz à effet de serre qui auront bien réchauffé le climat pour les générations futures…
Ce n’est qu’aujourd’hui, un peu plus de cinquante ans après, que des  chrétiens – catholiques, protestants, et orthodoxes – se réunissent durant trois jours, les 22, 23 et 24 février 2021, pour un important colloque international organisé par l’Institut catholique de Paris (ICP) sur le thème de « Responsabilités chrétiennes dans la crise écologique. Quelles solidarités nouvelles ? » (3)
Les
chrétiens responsables ? Les chrétiens en repentance ? Les chrétiens en solidarité durable ? Pour quoi, au juste ? Pour ce qu’ils ont fait, ou pour ce qu’ils n’ont pas fait ? Ou alors pour ce qui leur reste à faire dans le domaine d’une spiritualité inspirant l’engagement et l’action.

Institut Catholique Paris, entrée du 74, rue Vaugirard, Paris 5e. © 16 mars 2019. Photographie de Bernard Mérigot/CAD.

RÉUNION DE FAMILLE EN DISTANCIEL

La présence des différentes familles chrétiennes est assurée par Monseigneur François KALIST, archevêque de Clermont-Ferrand, le pasteur François CLAVAIROLY, président de la Fédération protestante de France, le Métropolite Jean de DOUBNA, chancelier de l’Institut de Théologie orthodoxe Saint Serge, et enfin par Sa Sainteté BARTHOLOMÉE Ier, Primat de l’église de Constantinople.

Les organisateurs du colloque « Responsabilités chrétiennes dans la crise écologique » ont voulu réunir théologiens, philosophes, anthropologues, sociologues, enseignants-chercheurs, représentants religieux…  pour trois journées de réflexion sur les traditions et les pratiques religieuses confrontées à un double ébranlement :

  • celui de la grave situation écologique (destruction de la nature, réchauffement climatique…),
  • celui de la grave situation sanitaire de la crise Covid-19, qui ébranle le monde depuis maintenant une année.

Plusieurs traditions se croisent :

  • certaines traditions bibliques valorisent « un être humain jardinier », mais parfois compris comme le sommet de la création, qui peut paraître au-dessus d’elle,
  • d’autres traditions chrétiennes modernes se sont fort bien adaptées à l’homme ingénieur de la nature, maître et possesseur à la suite de Descartes.

Trois problèmes se posent au christianisme :

  • ses traditions,
  • ses enseignements, fondés sur l’interprétation des textes fondateurs,
  • ses pratiques d’évangélisation et de transmission de la foi.

Pour y répondre, la réflexion du colloque a proposé trois étapes :

  • un diagnostic de la façon dont les Églises se situent aujourd’hui face à la question écologique,
  • une relecture de l’anthropologie et de la cosmologie historiquement développées par certaines expressions de la foi chrétienne,
  • une exploration des ressources et des modes d’action propres à la foi et à la vie chrétiennes pour affronter les défis actuels.

Il est à noter que « compte tenu de l’incertitude liée à la crise sanitaire », le colloque est conçu « en distanciel », sur inscription individuelle, selon deux modalités :

  • en participant « solitaire »,
  • en participant « en groupe » dans une vingtaine de villes.

Les contraintes de la crise Covid-19 de 2020 ont accéléré la mutation des cours, des enseignements, des rencontres et des débats vers des formes de télés-conférences. Cela ne remplace pas à l’identique les anciennes modalités d’avant-Covid-19, mais en crée de nouvelles, parfois substitutives, souvent plus imaginatives.

« VINGT DEUX ANS, C’EST BEAUCOUP TROP LONG »

La participation de BARTHOLOMÉE Ier est significative. Le Primat de l’Église de Constantinople prend la parole le lundi 22 février 2021 à 14 heures sur le thème de « La crise écologique au regard de la foi chrétienne ». Surnommé par les médias « le patriache vert », il intervient en tant que responsable religieux sur les questions environnementales depuis les années 1990. Le magazine américain Time l’a inscrit sur la liste des « 100 personnes les plus influentes du monde » pour avoir défini l’écologie comme une responsabilité spirituelle.

Né en 1940, BARTHOLOMÉE Ier, est depuis 1991 le chef spirituel suprême du monde chrétien orthodoxe. Déjà, en décembre 2015, célébrant la 22ème Conférence des Parties à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques de Marrakech, il rappelait que « malheureusement, 197 pays viennent seulement de ratifier une convention adoptée lors du Sommet de la Terre de Rio, en 1992. » Considérant le temps qui s’est écoulé entre 1992 et 2015, il insistait :

« Vingt-deux ans, c’est une période beaucoup trop longue pour répondre à la crise environnementale, notamment lorsque l’on sait qu’elle entretient des liens étroits avec la pauvreté, les migrations et les troubles à l’échelle mondiale.
Quel prix sommes-nous prêts à payer pour le profit ?
Combien de vies sommes-nous prêts à sacrifier pour un gain matériel ou financier ?
Et à quel prix renoncerions-nous à la survie de la création de Dieu ?
Vingt-deux ans plus tard, il est plus que temps pour nous tous de voir les visages des êtres humains qui subissent les conséquences de nos péchés écologiques. »

BARTHOLOMÉE Ier concluait alors : « De plus, comme je l’ai souvent rappelé : “ Nous sommes tous dans le même bateau. ” Les changements climatiques ne concernent pas une nation, une race ou une religion en particulier. Nous ne pouvons répondre aux exigences et à l’ampleur des changements climatiques que lorsque nous assumons ensemble nos responsabilités de croyants et de citoyens. »

CONCLUSION

Ce que l’on nomme couramment dans la société laïque, l’écologie (la nature, le monde végétal et animal, l’air, l’eau et le vent, les saisons…), portent dans la Bible un nom : la Création de Dieu. Pour un chrétien, il est évident que des pêchés ont été commis, et continuent d’être commis à l’encontre de la Création.
Vers quoi les Églises se dirigent-elles ? Quelles repentance pour le passé ? Quelles responsabilités pour le présent ? Quelles solidarités pour l’avenir ?

Quels que soient les débats, et quelles que soient les réponses apportées (mais des débats ont-ils pour fonction d’apporter des réponses ?), on ne peut pas manquer de se pencher avec la même attention sur les mêmes repentances, les mêmes responsabilités et les mêmes solidarités des non-chrétiens, de ceux qui appartiennent à d’autres religions, comme de ceux qui vivent en dehors de toute religion. Parce que le péché collectif contre la nature, comme l’écocide, n’est pas une affaire d’appartenance individuelle à une religion.

Bernard MÉRIGOT


DOCUMENT n°1

RESPONSABILITÉS CHRÉTIENNES DANS LA CRISE ÉCOLOGIQUE.
QUELLES SOLIDARITÉS NOUVELLES ?
2021
Présentation

La crise écologique que le monde traverse aujourd’hui est souvent décrite par un langage de type apocalyptique. Dans certains mouvements, elle est présentée en termes de collapsologie : écroulement de notre système économique et politique, crise sans précédent de la transmission, effondrement culturel et spirituel.

Cette situation écologique, à laquelle s’ajoute la crise sanitaire actuelle, ébranle la tradition chrétienne dans son ensemble. D’une part, certaines traditions bibliques valorisent un être humain jardinier, mais parfois compris comme le sommet de la création, alors il peut paraître au-dessus d’elle.

D’autre part, les traditions chrétiennes modernes se sont fort bien adaptées à l’homme ingénieur de la nature, maître et possesseur à la suite de Descartes.

Le christianisme occidental a pu se développer dans un anthropocentrisme surplombant qui fait de tout ce qui est non-humain un instrument en sa possession. Dans cette situation critique, le christianisme se doit de revisiter ses traditions et ses enseignements, tels qu’ils peuvent être déclinés dans ses interprétations des textes fondateurs, dans son emploi des traditions liturgiques, ou dans ses pratiques d’évangélisation et de transmission de la foi.

Dans la reprise de ces traditions et de ces enseignements, ce colloque s’interrogera sur la capacité du christianisme à changer lui-même, lorsqu’il est interpellé par les défis de la crise écologique.

Le colloque présentera un état des lieux de la réflexion anthropologique et théologique sur la situation écologique actuelle, mais aussi des réponses et stratégies déjà mises en place dans différentes traditions et pratiques chrétiennes. Le colloque réfléchira également à la manière dont le christianisme peut mobiliser ses ressources (textes, liturgies, manières de vivre) pour contribuer à changer le monde.

RESPONSABILITÉS CHRÉTIENNES DANS LA CRISE ÉCOLOGIQUE.
QUELLES SOLIDARITÉS NOUVELLES ?
Programme

Lundi 22 février 2021
La crise écologique et l’avancée des Églises : diagnostic.
Présidence : Monseigneur Kalist, archevêque de Clermont- Ferrand, membre de la CECC

  • Présentation de la problématique du colloque, Anne- Sophie Vivier-Muresan, directrice de l’ISEO
  • La crise écologique au regard de la foi chrétienne, Sa Sainteté Bartholomée 1er
  • ‘‘Adam, où es-tu ?’’ Prêcher l’eschatologie à l’heure de l’Anthropocène », Bruno Latour, professeur émérite de philosophie, Sciences-Po Paris
  • Église et écologie : quand la machine se grippe, Christophe Monnot, maître de conférences en sociologie des protestantismes, Université de Strasbourg / Université de Lausanne.
  • Église verte : des laboratoires de ‘‘maison commune’’, Élena Lasida, professeure de sciences sociales et économiques, FASSE (ICP)

Mardi 23 février 2021
Aux racines du problème écologique : un rôle du christianisme ?
Présidence : Pasteur François Clavairoly, président de la Fédération Protestante de France

  • La crise écologique et la compréhension de l’homme devant et dans son environnement : imbrication et interaction. Réflexion à partir des propositions de Philippe Descola, Elbatrina Clauteaux, théologienne, anthropologue et philosophe, enseignante émérite, Theologicum.
  • Pistes pour une écothéologie chrétienne, Pierre Bourdon, théologien et physicien, enseignant à l’ISPC.
  • Une solidarité très ancienne !, Catherine Chalier, professeur émérite de philosophie, Université de Paris Ouest (Nanterre). Écothéologie et féminisme: quelques premiers éléments de réflexion, Valérie Nicolet, professeure d’exégèse, doyenne, IPT, faculté de Paris
  • Les évangéliques américains, la science et la pandémie : un regard à travers l’histoire et la réaction des milieux évangéliques français », Neal Blough, professeur de théologie, faculté libre de théologie évangélique de Vaux-sur-Seine.
  • Deux réactions : Dominique Greiner, théologien moraliste, enseignant au Theologicum, Julija Naett-Vidovic, professeure de théologie morale, ITO Saint-Serge

Mercredi 24 février 2021
Affronter la crise : ressources de la foi chrétienne Présidence : Métropolite Jean de Doubna, chancelier de l’ITO

  • Écologie avant la lettre: l’enracinement patristique, Michel Stavrou, professeur de théologie dogmatique, ITO Saint-Serge
  • La crise écologique comme crise spirituelle, Patrice Rolin, animateur théologique de L’atelier protestant (EPUF)
  • Une lecture africaine de la responsabilité chrétienne face au défi écologique, Edouard Adé, théologien et sociologue, professeur à l’Université Catholique de l’Afrique de l’Ouest.
  • La bonne nouvelle de la création, aux fondement de l’écologie intégrale, Fabien Revol, théologien et philosophe, professeur à l’UCLY, titulaire de la chaire Jean Bastaire
  • Moi, nous, vous : pistes concrètes pour un chemin de cohérence intégral, Martin Kopp, chercheur associé à l’UR 4378 en théologie protestante, Université de Strasbourg.
  • Création-eschatologie : les impensés de la catéchèse ?, Isabelle Morel, professeure de théologie catéchétique, ISPC
  • Conclusions, Anne-Laure Danet, responsable du Service des relations avec les Eglises chrétiennes de la FPF, Anne-Marie Reijnen, théologienne, enseignante au Theologicum – Joël Molinario, professeur de théologie, directeur de l’ISPC

RÉFÉRENCES DU DOCUMENT
« Responsabilités chrétiennes dans la crise écologique. Quelles solidarités nouvelles ?, Xe colloque international organisé par l’Institut supérieur de pastorale catéchétique (ISPC), l’Institut supérieur d’études œcuméniques (ISEO), l’Institut de théologie orthodoxe Saint Serge, l’Institut protestant de théologie, le réseau Église Verte, 22-23-24 février 2021, colloque à distance sur https://www.icp.fr/a-propos-de-licp/agenda/responsabilites-chretiennes-dans-la-crise-ecologique-quelles-solidarites-nouvelles-colloque


DOCUMENT n°2

ENGAGEMENT
EN FAVEUR DE L’ENVIRONNEMENT
Extrait de l’intervention du patriarche Bartholomée Ier,
Primat de l’Église orthodoxe de Constantinople
12 avril 2011

« 32 Ces dernières décennies, l’évolution de notre monde est marquée par ce qu’il faut bien appeler un désastre écologique ; le dernier événement majeur est la catastrophe nucléaire de Fukushima au Japon, qui faisait suite à un violent séisme. De façon générale, les spécialistes de l’environnement sont unanimes à souligner que le changement climatique qu’ils observent au plan mondial et qui s’explique largement par les rejets de gaz de l’activité humaine, peut perturber et détruire l’écosystème. Or, celui-ci soutient non seulement l’espèce humaine, mais l’ensemble du monde des animaux et des plantes qui sont interdépendants. Ce sont les choix et les actes de l’homme moderne qui ont conduit à cette situation tragique, et qui représentent en soi un problème spirituel et moral. L’apôtre Paul, divinement inspiré, avait décrit dix-neuf siècles plus tôt ce problème dans son épître aux Romains, soulignant sa dimension ontologique :

33 « La création a été soumise à la vanité, non de son gré, mais à cause de celui qui l’y a soumise… Or, nous savons que, jusqu’à ce jour, la création toute entière soupire et souffre les douleurs de l’enfantement. »
(Rm 8, 20.22)

34 Petit à petit grandit une prise de conscience de l’humanité qui comprend que l’usage irrationnel des ressources naturelles et la consommation incontrôlée de l’énergie contribuent aux changements climatiques, avec des conséquences sur la survie future de l’humanité créée à l’image de Dieu. Malgré tout, le tableau que nous offre la planète est inquiétant, et nous frappe par son cortège d’injustices. Ainsi, les hommes les plus pauvres et les plus vulnérables sont touchés par les problèmes écologiques qu’ils n’ont pas créés. De l’Australie au Cap Horn et en Afrique, nous voyons des régions en proie à des sécheresses prolongées qui causent la désertification de zones naguère fertiles, où les populations locales souffrent de la faim et de la soif. De l’Amérique latine au cœur de l’Eurasie, nous recevons des informations sur la fonte des glaciers, desquels des millions de personnes dépendent pour l’approvisionnement en eau.

35 Le Patriarcat œcuménique, suivant les traces de notre prédécesseur feu le patriarche Dimitrios, travaille à sensibiliser non seulement l’opinion publique, mais aussi les dirigeants du monde en organisant des colloques qui traitent des changements climatiques et de la gestion de l’eau. Le but de notre démarche est d’explorer l’interdépendance des écosystèmes du monde et d’étudier la manière dont se manifestent les phénomènes de réchauffement de la planète et de ses effets sur l’homme. Grâce à ces rencontres scientifiques, auxquelles ont participé des représentants de diverses Églises chrétiennes et religions du monde, ainsi que des diverses disciplines universitaires, le Patriarcat œcuménique s’efforce d’établir un climat de stabilité et de collaboration innovante entre le monde religieux et la science, en se fondant sur le principe fondamental selon lequel – pour atteindre l’objectif et préserver l’environnement naturel – les deux parties doivent coopérer dans le respect mutuel.

36 Cette collaboration entre science et religion vise à contribuer au développement d’une éthique de l’environnement : celle-ci a pour but, selon nous, de montrer que l’utilisation du monde et la jouissance des biens matériels doivent être eucharistiques, s’accompagner d’une louange consciente au Créateur. Inversement, un mauvais usage de l’environnement et la participation sans référence à Dieu à cet environnement constituent un péché non seulement devant le Créateur mais aussi devant la création.

37 Ce véritable péché à l’égard de l’environnement s’enracine dans notre égoïsme et dans les valeurs fausses que nous avons reçues et acceptons sans aucun sens critique. Nous avons besoin de repenser à nouveaux frais notre relation avec le monde et avec Dieu. Sans cette metanoia, sans ce radical « retournement du cœur », toutes nos mesures de conservation, quelles que soient les bonnes intentions, se révéleront inefficaces, car nous nous pencherons seulement sur les symptômes et non sur les causes de la situation.

38 Nous sommes invités à assumer ce que l’hymnographie pascale appelle « une autre façon de vivre ». Car nous avons un comportement arrogant et méprisant envers la création naturelle. Nous refusons de voir la Parole de Dieu dans les océans de notre planète, dans les arbres de nos continents, et dans les animaux qui peuplent la terre. Nous renions notre propre nature qui nous appelle à discerner la présence de la Parole de Dieu dans la création, si nous voulons devenir « participants de la nature divine » (2 P 1, 4). Comment pouvons-nous ignorer la portée cosmique de ce que la Parole divine a pris chair ? Pourquoi ne percevons-nous pas la nature créée comme l’extension même du corps du Christ ?

39 Les théologiens orientaux ont toujours souligné, à juste titre, les dimensions cosmiques de l’incarnation divine. Saint Maxime le Confesseur insiste sur la présence de la Parole de Dieu en toute chose (voir Col 3, 11) ; le Logos divin demeure au centre du monde, révélant mystérieusement son principe premier et son but ultime (voir 1 P 1, 20). C’est pourquoi le dimanche de Pâques, quand la célébration pascale atteint son point culminant, les chrétiens orthodoxes chantent : « Maintenant tout est rempli de lumière divine : le ciel et la terre, et toutes les choses sous la terre. Que la création tout entière se réjouisse ! » Lorsque l’Église ne reconnaît pas les dimensions proprement cosmiques de la Parole de Dieu, en s’en tenant à des questions purement « spirituelles » sans lien avec la réalité du monde, alors elle néglige sa mission qui consiste à implorer Dieu de transformer tout le cosmos pollué.

40 Chacun d’entre nous est appelé à retrouver un regard spirituel sur la création, dans le sens de ce que la tradition ascétique du christianisme oriental appelle la « contemplation de la nature ». Cet ethos philocalique, soucieux de discerner la beauté des œuvres de Dieu, devrait devenir le bien commun de tous les chrétiens. Ce souci est d’ailleurs exprimé chez beaucoup d’artistes. Nous pensons à ce vers de Paul Claudel, dans son poème L’Oiseau noir dans le soleil levant :

« Il n’y a qu’une âme purifiée qui comprendra l’odeur de la rose. »

Célébrer chaque chose dans son évidence et son secret : telle est notre responsabilité en tant que chrétiens, et c’est le sens de cet engagement que nous développons dans notre ouvrage.

41 Mesdames et Messieurs,

42 Malgré notre préoccupation, nous sommes optimistes et confiants dans les trésors de bonté que recèle l’être humain créé à l’image de Dieu pour lui ressembler (Gn 1, 26). Comme nous l’avions exprimé à Venise en 2002 avec le regretté pape Jean-Paul II :

43 « Il n’est pas trop tard. Le monde créé par Dieu possède d’incroyables pouvoirs de guérison. En une seule génération, nous pourrions guider la terre vers l’avenir de nos enfants. Faisons en sorte que cette génération commence maintenant, avec l’aide et la bénédiction de Dieu ! »

44 Mais il convient d’agir vraiment, à tous les niveaux : des Églises, des diocèses, des paroisses, des associations et des personnes, si nous avons un amour responsable pour nos enfants et pour les générations à venir. « Aimer c’est agir », comme le notait dans son journal le poète Victor Hugo, l’avant-veille de sa mort. Finalement, nous prenons conscience que notre attitude face à l’autre, face au prochain et face à l’environnement, est globalement tributaire d’une attitude de respect authentique devant la création divine, et découle de la manière dont nous vivons réellement ou non notre foi en Jésus-Christ, alpha et oméga de toutes choses. »

RÉFÉRENCES DU DOCUMENT
BARTHOLOMÉE Ier,
« De « la divine “ignorance” » à la sauvegarde de la planète. Allocution de Sa Sainteté Bartholomée Ier, patriarche œcuménique de Constantinople. Conférence de presse donnée au Éditions du Cerf (Paris, le 12 avril 2011) », Revue d’éthique et de théologie morale, 2011/2 (n°264), p. 89-97. DOI : 10.3917/retm.264.0089. URL : https://www.cairn.info/revue-d-ethique-et-de-theologie-morale-2011-2-page-89.htm


RÉFÉRENCES DE L’ARTICLE

1.WHITE Lynn Townsend, « The Historical Roots of our Ecologic Crisis », Science, 10 mars 1967, vol. 155, no. 3767, p. 1203-1207 ; published by the American Association for the Advancement of Science.
Reprinted in A.E. Lugo & S.C. Snedaker (Eds.), Readings on Ecological Systems: Their Function and Relation to Man. New York: MSS Educational Publishing, 1971.

  • Voir aussi :
    The Historical Roots of Our Ecologic Crisis
    , chap. 5 in Machina ex Deo : Essays in the Dynamism of Western Culture, Cambridge, Mass., and London, England, The MIT Press, 1968, p. 75-94;
  • Les Racines historiques de notre crise écologique. Traduction, notes et dossier bibliographiques par Jacques Grinevald. Genève, I.U.E.D., 1984. Réédition revue dans Crise écologique, crise des valeurs? Défis pour l’anthropologie et la spiritualité, Labor et Fides, 2010.

Sur cette question, on peut se reporter aux travaux de Jean BASTAIRE (1927-2013), philosophe, précurseur d’une écologie chrétienne.
On sait que le point de vue de l’historien américain Lynn Townsend WHITE a été discuté, notamment par Fabien REVOL (né en 1978), théologien catholique pour qui il convient de distinguer « maîtrise » et « domination ». Pour lui, « L’homme est appelé à tenir dans le monde la place de Dieu. Le Nouveau Testament montre que cela signifie le servir, appliquant le principe que les premiers seront les derniers. Le chrétien y trouve une vocation écologique ».

Voir aussi, notamment :
LE PRIOL Mélinée, « Église et écologie, histoire d’une prise de conscience », La Croix, 16 février 2017.
CHAMBRAUD Cécile, « « Pour l’Eglise, un demi-siècle d’apprentissage de l’écologie », Le Monde, 16 juin 2015.

2.  Genèse I, 28.
La Sainte Bible, Éditions du Cerf, 1956. Traduction de l’école biblique de Jérusalem.
La Bible, Société biblique de Genève, 2007. Traduction de Louis SEGOND.

3. INSTITUT CATHOLIQUE DE PARIS, « Responsabilités chrétiennes dans la crise écologique. Quelles solidarités nouvelles ?, Xe colloque international organisé par l’Institut supérieur de pastorale catéchétique (ISPC), l’Institut supérieur d’études œcuméniques (ISEO), l’Institut de théologie orthodoxe Saint Serge, l’Institut protestant de théologie, le réseau Église Verte, 22-23-24 février 2021, colloque à distance sur https://www.icp.fr/a-propos-de-licp/agenda/responsabilites-chretiennes-dans-la-crise-ecologique-quelles-solidarites-nouvelles-colloque

LÉGENDES DES ILLUSTRATIONS

  • Institut Catholique Paris, entrée du 74, Rue Vaugirard, Paris 5e. © 16 mars 2019. Photographie de Bernard Mérigot/CAD.

La Lettre du lundi de Mieux Aborder l’Avenir
n°445, lundi 22 février 2021


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Le releveur ENEDIS et l’abonné EDF : une scène de théâtre de l’absurde

L’installation d’un compteur d’électricité Linky ne constitue en aucun cas une obligation. Les anciens compteurs des abonnés au service public de distribution d’électricité sont toujours conformes et fonctionnent très bien. Les relevés périodiques des index de consommation ne posent la plupart du temps aucun problème. Celui-ci peut être effectué par Internet comme ENEDIS le propose sur le site http://espace-client.enedis.fr/le-releve-de-mon-compteur. Mais cela ne marche pas toujours, puisqu’il arrive qu’un releveur se présente pour faire un relevé qui a déjà été fait, et en accusant en plus l’abonné d’un « refus d’accès » parfaitement imaginaire, interprétant à cette occasion une scène de théâtre de l’absurde.

Compteur électrique EDF ACTARIS A14C5

LE CONTEXTE DE LA SCÈNE DE THÉÂTRE

  • 1ère séquence : L’abonné reçoit un courrier postal en date du 19 janvier 2021 l’informant que le relevé de son compteur sera effectué le 29 janvier 2021 entre 08h00 et 12h00. Il est mentionné sur le courrier : « En cas d’absence, pour nous communiquer le relevé de votre compteur, nous vous proposons  (…) de vous connecter au site https://espace-client.enedis.fr/le-releve-de-mon-compteur
  • 2e séquence. L’abonné suit cette procédure et procède à l’envoi de son index à ENEDIS le 29 janvier 2021.
  • 3e séquence : ENEDIS adresse un mail à l’abonné pour accuser réception de la bonne réception de l’index.

 « Bonjour.
Vous avez effectué le relevé en ligne de votre compteur sur le site enedis.fr et nous vous en remercions.
Vous trouverez ci-joint le détail du/des relevés(s) du compteur que vous avez déclaré(s) le 2021/01/29 pour le point de livraison Electricité (PRM ou PDL) (…). Index (…) ».
A bientôt sur notre site
Le service clients d’ENEDIS ».

  • 4e séquence : Malgré cela, le 2 février 2021, un releveur ENEDIS se présente au domicile de l’abonné.

TEXTE DE LA PIÈCE DE THÉÂTRE
Le releveur ENEDIS et l’abonné EDF
Premier acte

La scène a lieu pendant le confinement Covid. (Le releveur est dans la rue. L’abonné lui parle depuis sa fenêtre)

–        Le releveur ENEDIS
Ding. Dong. Je viens pour faire le relevé du compteur.
–        L’abonné EDF
C’est inutile. L’index a été envoyé la semaine dernière à ENEDIS par Internet.
–        Le releveur ENEDIS
(Il regarde son téléphone portable). Le relevé est vide.
–        L’abonné EDF
Ce n’est pas possible. ENEDIS m’a adressé un mail accusant la bonne réception du relevé qui lui a été envoyé. Maintenant, si vous insistez, je peux vous communiquer cet index une seconde fois.
–        Le releveur ENEDIS
C’est un refus d’accès
–       
L’abonné EDF
Votre allégation est mensongère. Je vais envoyer une lettre recommandée avec accusé de réception au Service Client d’EDF à qui je paye l’électricité.

Le releveur ENEDIS tourne les talons. Il remonte dans son véhicule automobile, garé sur le trottoir, en infraction avec les règles du Code de la route.
L’abonné EDF referme sa fenêtre. Il se dirige vers son ordinateur et commence à écrire sa lettre.

Maquette de scène de théâtre présentée dans le cadre de « Théâtre en utopie », Exposition réalisée par Yann ROCHER (Commissaire) et Xavier DOUSSON (Scénographe), 11 octobre 2014/4 janvier 2015, Le lieu unique, Nantes.  Sur cette exposition, voir Le lieu unique, Programme 2014-2015, p. 67-68. © Photographie Bernard Mérigot.

CONCLUSION.
Les scènes de la vie sont des  fictions visibles qui prennent place sur une autre scène, celle d’une réalité masquée. Elle se donne en représentation en de multiples lieux de spectacle. Mêmes imaginaires, ces théâtres existent comme l’écrit Yann ROCHER pour « fabriquer un récit à part entière ». (1)
Depuis les grandes dérégulations européennes, l’abonné ne reconnait plus les acteurs du service public de l’électricité. Ceux-ci échangent leurs rôles :  fournisseur d’énergie, gestionnaire de réseau, distributeur. Et ce n’est pas fini. D’autres abandons de souveraineté et d’indépendance nationale se profilent en la présente année 2021 dans le cadre du projet gouvernemental Hercule (« Hercule » : choisir un nom pareil, cela ne s’invente pas !). On lira le document ci-dessous :  la pièce n’est pas encore jouée. Il faut sans doute attendre la fin du confinement Covid et la réouverture des théâtres.

RÉFÉRENCES
1. ROCHER Yann, « Théâtres en utopie », Le lieu unique, Programme 2014-2015, Nantes, 2014, p. 67-68.


DOCUMENT


L’ÉLECTRICITÉ EN FRANCE EN 2021
Production, Transport, Distribution, Régulation, Fourniture

Dans une étude juridique, deux avocates Marie-Hélène PACHEN-LEFEVRE et Marianne HAUTON livrent l’analyse suivante.

« Au préalable, on rappellera qu’actuellement les quatre activités composant le secteur électrique sont organisées de la manière suivante :
  • La production d’électricité est une activité ouverte à la concurrence même si la production d’électricité nucléaire fait l’objet d’un régime juridique spécifique, accordant une place centrale à EDF et à l’État.
    Au sein du groupe EDF, c’est EDF maison-mère, elle-même, qui gère l’activité de production nucléaire ; le groupe EDF détient en outre une filiale de production d’énergie renouvelable (EDF Électricité Nouvelle, EDF EN).
  • Le transport et la distribution d’électricité sont des activités qui ne relèvent pas de secteurs concurrentiels puisqu’elles sont exercées dans le cadre de droits exclusifs, de monopoles légaux, respectivement par RTE et Enedis. Si les deux entités sont toutes deux des filiales d’EDF, cette dernière ne détient que 50,1% du capital de RTE à ce jour, tandis qu’Enedis est, pour sa part, une filiale à 100% d’EDF.
  • Ces activités font en outre l’objet d’une régulation nationale, en particulier sur les sujets tarifaires, exercée par la Commission de Régulation de l’Énergie (CRE), outre le contrôle de l’activité de desserte par les autorités organisatrices de la distribution d’électricité (AODE), autorités concédantes des contrats de concession de service public qui les lient à la société Enedis.
  • L’activité de fourniture est également ouverte à la concurrence[2]. Au sein du groupe EDF, c’est là encore EDF elle-même qui gère cette activité. Mais cette activité cohabite avec une branche d’activité commerciale, confiée en monopole à la maison-mère EDF elle-même, s’agissant de la fourniture d’électricité aux tarifs réglementés de vente (TRV), activité également régulée par la CRE et contrôlée par les mêmes AODE.

Elles concluent :

Initié par le Gouvernement d’Édouard Philippe qui a demandé au groupe EDF de réfléchir à sa propre réorganisation, le projet baptisé « Hercule » devrait aboutir dans les prochains mois à un remaniement profond des différentes composantes du secteur électrique français que sont les activités de production, de transport, de distribution et de fourniture d’électricité exercées par le groupe EDF.
Le groupe EDF, détenu à 83,7% par l’État, acteur historique de l’électricité en France, quoique son statut juridique et sa forme ont évolué depuis la nationalisation de l’électricité en 1946, sous le coup du droit de l’Union européenne notamment, demeure à ce jour un acteur central de ces quatre activités.
La présentation officielle du projet Hercule, qui devait initialement être effectuée en fin d’année 2019, a été repoussée à plusieurs reprises, en raison notamment de la prolongation des discussions entre l’État français et les instances européennes.
Si le schéma précis de cette réorganisation demeure, pour l’heure, incertain faute pour l’Etat et EDF d’avoir communiqué clairement sur les options à l’étude, plusieurs pistes semblent se dessiner.
Et, au vu des informations publiées à ce stade dans la presse, l’articulation de ce projet avec le cadre juridique actuel ne peut que générer des interrogations.
RÉFÉRENCES
PACHEN-LEFEVRE Marie-Hélène et HAUTON Marianne, «Réorganisation du groupe EDF : quelles sont les implications juridiques du projet Hercule ? ». http://www.seban-associes.avocat.fr/reorganisation-du-groupe-edf-quelles-sont-les-implications-juridiques-du-projet-hercule/?id=103003

LÉGENDE DES ILLUSTRATIONS

  • Maquette de scène de théâtre présentée dans le cadre de « Théâtre en utopie », Exposition réalisée par Yann ROCHER (Commissaire) et Xavier DOUSSON (Scénographe), 11 octobre 2014/4 janvier 2015, Le lieu unique, Nantes.
    Voir Le lieu unique, Programme 2014-2015, p. 67-68. © Photographie Bernard Mérigot.

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Voeux pour 2021 de Bernard Mérigot. Le message du rossignol (Frédéric Mistral, Gilles Deleuze, Albert Camus). Anthropologie des voeux de bonne année

« Chaque année, le rossignol revêt des plumes neuves, mais il garde sa chanson » écrit Frédéric MISTRAL (1830-1914) dans son poème Mireille (Miréo). C’est une façon de réfléchir ensemble aux traditionnels voeux de nouvelle année : une année s’achève, une autre s’engage. Qu’est-ce qui se répète ? Qu’est-ce qui diffère ? Cette question a été traitée par Gilles DELEUZE (1925-1995) dans son livre Différence et répétition (1968) dans lequel il note que le concept de différence libre ne se laisse subordonner ni à l’identité, ni à la similitude,  pas plus que le concept de répétition complexe ne se laisse réduire à une répétition matérielle et mécanique. (1) A quoi doit-on prêter le plus l’attention ? Aux plumes neuves qui changent tous les ans ? Ou bien à la chanson qui est la même tous les ans ?

« Chaque année, le rossignol revêt des plumes neuves mais il garde sa chanson». Frédéric MISTRAL (1830-1914). Citation peinte sur un mur, face au musée des Arts et Traditions populaires de Draguignan (Var), 21 août 2020. © Photographie Bernard Mérigot/CAD.

LA NOUVELLE ANNÉE RÉPÈTE-T-ELLE LA PRÉCÉDENTE ?

« Répéter, c’est se comporter (…) par rapport à quelque chose d’unique ou de singulier qui n’a pas de semblable ou d’équivalent. Une chose qui fait écho à « une vibration plus secrète, à une répétition intérieure et plus profonde dans le singulier qui l’anime ». (2) Il faut faire la part entre la répétition collective subie et la différence individuelle assumée. Dans quelle mesure peut-on, dans le cadre d’un acte qui se répète, manifester une différence ? Comment apprécier une oeuvre différente par rapport aux autres et différente par rapport à soi-même, c’est-à-dire qui soit à la fois identique et différente une année par rapport à une autre ?

LES MOTS DES VOEUX

Quelle est la parenté des voeux individuels ? Parce qu’adresser des voeux individuels, c’est pénétrer dans le cercle d’intimité d’une personne. Comme celle des voeux institutionnels, effectués par ceux qui en sont responsables, c’est-à-dire par ceux qui détiennent une autorité, une légitimité ainsi que les moyens financiers qui vont avec, ceux qui occupent la place particulière leur permettant de parler « au nom de… » (administrations, institutions publiques, collectivités territoriales) et qui, au fil des ans, ont dépensé à cette fin, des sommes considérables d’argent public (cartes imprimées luxueuses, envois postaux en nombre, frais de réception souvent somptuaires pour les « cérémonies » de voeux dont certaines – en des temps anciens d’avant Covid 2020, désormais révolus pour une durée incertaine –  constituaient de véritables spectacles avec orchestres, chanteurs, buffets salés et sucrés, boissons…). En ce mois de janvier 2021, la Covid apparue en 2020 a mis un terme à ces rituels et à ces rencontres conviviales qui en constituent la justification sociale, politique et financière.

Quel est le contenu des voeux de nouvelle année qui sont habituellement formulés et échangés ? Qu’il s’agisse de voeux traditionnels écrits sur des cartes, envoyés par courrier postal, téléphonés, écrits sur un téléphone, une tablette ou un ordinateur pour être mis en ligne (Facebook, Twitter, WhatsApp ou tout autre réseau social…). Quels mots ? Quelles idées ? Quelles citations ? Quels auteurs ? Quelles photos ? Quels dessins ?

Les voeux présentent le paradoxe d’être à la fois universels et localisés. Ils sont une illustration ici et maintenant d’un ailleurs et toujours. Ils ont recours très souvent à des citations dont la référence est souvent imprécise (Qui ? Quoi ? Où ?), se servant d’un auteur pour dire en usant de l’autorité d’un autre, d’une façon qui se veut originale en mobilisant « la vulgate de l’impensé », c’est-à-dire tout ce qui circule confusément (d’une façon non référencée) au quotidien et se rattachant à aucun acte de pensée en demeurant allusif, non parvenu à son terme constitué par le fait de penser, et de se penser, par rapport à une historicité évolutive.

BIEN PUBLIC ET BONHEUR INDIVIDUEL

« Le bien public est fait du bonheur de chacun. Avec ces mots d’Albert Camus, la municipalité vous adresse ses meilleurs voeux pour 2021 ». Jean-Marc DEFRÉMONT, Maire de Savigny-sur-Orge ». Carte-dépliant format fermé 10 x 21 cm, p. 2 (Le format ouvert est de 10 x 42 cm). Les deux parties gauche et droite format 10,5 x 10 cm s’ouvrent pour laisser apparaître le texte « Bienvenue en 2011 ». Collection particulière.

La phrase d’Albert CAMUS « Le bien public est fait du bonheur de chacun » est utilisée par le maire de Savigny-sur-Orge pour la carte de vœux pour l’année 2021 qu’il adresse aux habitants de la commune. Quelle est la nature du lien entre le bien et le bonheur ? Comment passe-t-on du collectif à l’individuel, du public au privé ? La réponse se décline en une série d’oppositions : bien/mal, bonheur/malheur, bien public/mal public, bonheur individuel/malheur individuel, bonheur des uns/bonheur des autres. L’un conditionne l’autre, l’un dépend de l’autre.

Puisque nous y sommes invité, poursuivons avec Albert CAMUS et avec sa pensée inspirante (en attendant qu’elle devienne « aspirante ») en cette ère de covidocène dans laquelle nous sommes entrés depuis mars 2020.

« Ne pas céder à la haine, ne rien concéder à la violence […]. Il s’agit au contraire et pour nous de ne jamais laisser la critique rejoindre l’insulte, il s’agit d’admettre que notre contradicteur puisse avoir raison et qu’en tout cas ses raisons, même mauvaises, puissent être désintéressées. »

CAMUS Albert, Essais, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade », 1965, pp. 314-315.

Dire que tout contradicteur peut avoir raison sur celui à qui il apporte une contradiction rappelle un principe magnifique qui ne peut que réjouir ceux qui espèrent en la démocratie.

LES PENSÉES MEURTRIÈRES

Est-ce que citer, c’est penser ? On a envie de répondre « ça peux », mais « c’est pas sûr ». Pas toujours, en tout cas. Des fois. C’est comme un indice, une tentative de dire quelque chose avec autre chose. Une pensée qui n’est pas extérieure, mais qui est en nous, à côté de laquelle nous cheminons ente l’explicité et l’implicité, la simplicité et la complexité aussi, entre mensonges et soupçons, entre vérités et célébrations. Toute pensée qu’elle soit sagesse ou folie, est action sur le monde.

« Nous tuons des millions d’hommes chaque fois que nous consentons à penser certaines pensées. On ne pense pas mal parce qu’on est un meurtrier. On est un meurtrier parce qu’on pense mal. »

Il est évident que les réseaux sociaux numériques du XXIe siècle sont à la fois une attirance à laquelle peu d’hommes et de femmes libres (au sens de l’humanisme développé par Albert CAMUS) résistent pour émettre et diffuser des pensées meurtrières. On ne peut pas dire qu’Albert CAMUS ait anticipé un phénomène à venir, mais il a constaté l’existence d’un phénomène profond.

SOLIDARITÉ, RÉSISTANCE, INVENTIVITÉ

L’actualité de l’année 2021 est marquée par nombre de préoccupations, comme par exemple cette autre trilogie Solidarité, Résistance, Inventivité qui sert de titre à l’éditorial du numéro spécial de Libération des 24-25-26-27 décembre 2021. (3)

  • Foi (Mon Dieu, faites que moi et mes proches passent à côté de la Covid),
  • Espérance (Cette pandémie va bien s’arrêter un jour),
  • Charité (Je pense aux personnels soignants, aux étudiants, aux personnes des EHPAD, aux restaurateurs, aux artistes, aux personnes vulnérables en télétravail ou pas…),
  • Solidarité (Je n’oublie pas ceux qui sont plus malheureux que moi, j’essaie de les aider),
  • Résistance (Nous n’allons pas nous laisser faire),
  • Inventivité (Il y a bien un truc pour s’en sortir).

FOI, ESPÉRANCE, CHARITÉ

Quel est le champ des mots et des idées qui peuvent être utilisés pour formuler des vœux ? Il n’est pas illimité. On retrouve fréquemment ce que la religion catholique désigne sous le nom de « vertus théologales » que sont la Foi, l’Espérance et la Charité : la Foi (la « fides » en latin, la disposition à croire aux vérités révélées), l’Espérance (« spes » en latin, la disposition à espérer la béatitude), la Charité (« caritas » en latin, l’amour de Dieu, de soi-même et son prochain). Elles constituent avec leurs déclinaisons laïques un réservoir pour formuler des vœux.

« La Foi, l’Espérance et la Charité ». Projet d’une peinture en émail sur lave par Achille DEVÉRIA (1800-1857). Extrait de « De l’application des émaux à la décoration des monuments », Magasin Pittoresque, 1841, p. 317. Coll. CAD.

Il y a les voeux-devises. On aurait tort de considérer comme dépassée cette belle trilogie – Foi, Espérance, Charité – illustrée ici en 1841, il y a bientôt deux siècles. La figuration romantique est certes chargée et la représentation un peu convenue, mais le message ne saurait être considéré comme dépassé ou obsolète à l’égard d’autres devises, souvent triples, formulées en guise de voeux de nouvelle année. Étrange transfert technique qui fait ici qu’un émail sur lave est représenté par une gravure sur bois, en seul procédé d’illustration existant en pour imprimer les illustrations du Magasin pittoresque.

Après tout, nous sommes tous des descendants des survivants des grandes pandémies passées (peste, choléra, « grippe » espagnole et autres). L’idée d’une revanche du pangolin, malgré son approximation, est peut-être une réincarnation de la volonté divine qui s’impose aux hommes, une façon de dire que c’est la nature et la Création qui commandent : la nature se venge. Il est plus facile d’affirmer qu’un virus ne pense pas. Il est plus difficile de penser un virus.

CONCLUSIONS

  • Les voeux de nouvelle année sont un exercice paradoxal. Tout mouvement qui vise à les territorialiser rencontre un mouvement inverse de déterritorialisation.  « En politique, ce dont nous avons besoin, c’est d’hommes et de femmes de terrain ». Combien de fois entendons-nous cette phrase qui fait du terrain, de sa pratique et de l’expérience qu’il permet d’acquérir, une vertu cardinale, un critère de partage entre une bonne compétence et une mauvaise incompétence.
  • L’anthropologie sociale, comme les autres disciplines des sciences humaines et sociales qui emploient des méthodes d’enquête semblables, enseignent deux choses essentielles sur la place que tout homme et toute femme occupe : premièrement, ils sont à la fois acteur et témoin du monde ; deuxièmement, leurs présences et leurs interventions modifient le champ social.
  • L’intérêt des crises (la Covid est une crise) est de révéler ce qui demeure latent en période de non-crise. Est-ce le politique qui agit sur le citoyen, ou bien le citoyen qui agit sur le politique ? Qui subit l’autre ? Et qui est en position d’anticiper sur l’autre ?

Bernard MÉRIGOT

« Après 2020 et les temps difficiles… », Carte de voeux du maire de Savigny-sur-Orge (Essonne). Lycée Jean-Baptiste Corot. Carte-dépliant format fermé 10 x 21 cm, p. 1 (Le format ouvert est de 10 x 42 cm). Les deux parties gauche et droite format 10,5 x 10 cm s’ouvrent pour laisser apparaître le texte « Bienvenue en 2011 ». Collection particulière.La pendule indique 17 heures 8 minutes).


RÉFÉRENCES

1. DELEUZE Gilles, Différence et répétition, Presses universitaires de France, 1968, 409 p.

2. DELEUZE Gilles,  p.7.

3. Libération, 24-25-26-27 décembre 2020.

4. CHARTON Édouard (Publié sous la direction de), Le Magasin pittoresque, 1841, Neuvième année, Paris,  p. 316. Projet d’une peinture en émail sur lave par Achille DEVÉRIA (1800-1857). Extrait de « De l’application des émaux à la décoration des monuments », Magasin Pittoresque, 1841, p. 317.
« Cet article et celui de l’histoire des émaux de limoges sont extraits d’un essai de notre collaborateur M. DUSSIEUX sur l’Histoire de la peinture sur émail, essai qui vient d’obtenir une mention honorable à l’Institut, et qui doit être prochainement publié. » (p. 316)


LÉGENDES DES ILLUSTRATIONS

  • « Chaque année, le rossignol revêt des plumes neuves mais il garde sa chanson». Frédéric MISTRAL (1830-1914). Citation peinte sur un mur, face au musée des Arts et Traditions populaires de Draguignan (Var), 21 août 2020. © Photographie Bernard Mérigot/CAD.
  • « Le bien public est fait du bonheur de chacun. Avec ces mots d’Albert Camus, la municipalité vous adresse ses meilleurs voeux pour 2021 ». Jean-Marc DEFRÉMONT, Maire de Savigny-sur-Orge ». Carte-dépliant format fermé 10 x 21 cm, p. 2 (Le format ouvert est de 10 x 42 cm). Les deux parties gauche et droite format 10,5 x 10 cm s’ouvrent pour laisser apparaître le texte « Bienvenue en 2011 ». Collection particulière.
  • « La Foi, l’Espérance et la Charité ». Projet d’une peinture en émail sur lave par Achile DEVÉRIA (1800-1857). Extrait de « De l’application des émaux à la décoration des monuments », Magasin Pittoresque, 1841, p. 317. Coll. CAD.
  • « Après 2020 et les temps difficiles… », Carte de voeux du maire de Savigny-sur-Orge (Essonne). Lycée Jean-Baptiste Corot (La pendule indique 17 heures 8 minutes). Carte-dépliant format fermé 10 x 21 cm, p. 1 (Le format ouvert est de 10 x 42 cm). Les deux parties gauche et droite format 10,5 x 10 cm s’ouvrent pour laisser apparaître le texte « Bienvenue en 2011 ». Collection particulière. La pendule indique 17 heures 8 minutes. Collection particulière.

VOEUX DE NOUVELLE ANNÉE/1er JANVIER EN LIGNE SUR  http://savigny-avenir.info

DÉCENNIE 2020-2029

2021. Le message du rossignol (Frédéric Mistral, Gilles Deleuze, Albert Camus. Anthropologie des voeux de bonne année.
2020. La généralisation de l’éthique de la sollicitude, c’est pour cette année ? (Fredrich Nietzsche)

DÉCENNIE 2010-2019

2019.  « L’anthropologie politique doit avoir sa place dans l’espace public » (Friedrich Nietzsche)
2018.  « Contre la fin du monde »  (Paul Valéry et Jean-Claude Schmitt).
2017. « Qui s’y frotte, s’y pique » (Ne toquès mi, je poins)
2016. « L ‘événement n’est pas ce qu’on peut voir, mais ce qu’il devient ».
2015. « Paix, solidarités et espérances durables ».
2014. « Les nouvelles exigences du bonheur citoyen » (John Dewey)
2013. « La démocratie, c’est partout, et tout le temps » (Pierre Mendès-France)
2012. « Que nos pratiques correspondent à nos idéaux »
2011. « En finir avec l’exploitation des peurs et des humiliations »
2010. « Regarder l’année passée aussi bien que celle à venir »

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Covid-19. Anthropologie des nouvelles normalités sociales

«LA LETTRE DU LUNDI DE MIEUX ABORDER L’AVENIR, n°431, lundi 16 novembre 2020

« Confinement, couvre-feu, état d’urgence sanitaire, télétravail, distanciation physique, gestes barrière, port du masque, gel hydroalcoolique, continuité pédagogique, bulles sociales… notre monde à changé », constatent les organisateurs du Festival des Idées consacré aux nouvelles normalités qui se tient les 20 et 21 novembre 2020. (1).
Nous sommes désormais entrés depuis mars 2020 dans une sorte de nouvelle ère, celle du covidocène. Les normalités sociales agissent habituellement de façon invisible. Existant de façon structurante, elles ne sont « révélées » – dans le même sens que celui du processus de la révélation chimique d’une image photographique argentique latente – qu’en deux circonstances :

  • lorsqu’un chercheur, ou une chercheuse, se penche sur elles dans le cadre d’une étude d’un terrain spécifique,
  • ou bien, lorsque qu’un acteur de la vie sociale prend conscience subitement que de nouvelles normalités ont remplacé d’autres normalités disparues.

Toute crise produit l’apparition de nouvelles normalités sociales qui après avoir marqué la vie quotidienne, marquent les actualités médiatiques et les idées et la recherche. C’est dans ce sens que nous devons saisir cette « révélation ». Il appartient pour sa part à l’anthropologie, comme aux autres sciences humaines et sociales, d’éclairer – autant qu’il est possible – les gouvernances hésitantes et confuses du pouvoir politique en France en matière de « guerre » déclarée contre le virus Covid-19. Toutes les guerres provoquant obligatoirement des victimes que l’on qualifiée par euphémisme de « collatérales ».

La fermeture des librairies en octobre 2020, considérées comme des « commerces non-essentiels », aura démontré au monde entier qu’il est plus dangereux sur le plan épidémiologique, de fréquenter une librairie que d’emprunter les transports en commun aux heures de pointe. Tous les pouvoirs autoritaires ont toujours pensé que les livres et les écrits propageaient des maladies qui s’attaquaient à eux.
Le message est paradoxal : on risque davantage d’attraper, ou bien de transmettre, le Covid-19 lorsqu’on achète un livre que lorsqu’on se trouve dans une grande surface, le métro, un bus, un train…
Les livres, les librairies et le bibliothèques sont, depuis l’apparition de l’écriture, des
remèdes sociaux pour « bien des choses » (la solitude, la désespérance, l’ignorance, le savoir, la science, la prière…). Ils sont devenus des  pharmakon (φάρμακον), c’est-à-dire à la fois des remèdes qui guérissent les uns, et des poisons qui peuvent tuer le pouvoir des autres. Étrange et inquiétante idée qui incite à prendre ses distances avec des objets supposés toxiques, et pourquoi pas, à brûler les livres responsables de contribuer la propagation pernitieuse. Il s’agit là du retour d’un refoulé,  prémonition de temps à-revenir.

De tels enchaînements font partie des nouvelles normalités sociales du moment. Quels en sont les fondements ? Constituent-ils des développements inédits ? Quels en sont les arbitres ?

Coronavirus-19. « Dispositif mis en place par la Ville ». Affiche apposée sur la porte de la Mairie de Savigny-sur-Orge (Essonne), 30 mars 2020. © Photographie Bernard Mérigot.

L’ENDIGUEMENT SANITAIRE DES TERRITOIRES

«Suite aux annonces du Président de la République visant à endiguer la propagation du virus Covid-19 sur notre territoire, la municipalité a pris les dispositions complémentaires suivantes, et ce jusqu’à nouvel ordre.»
Ville de Savigny-sur-Orge, 30 mars 2020

Cette simple phrase mérite d’être commentée. Outre le fait que le Président de la République agit ici dans une fonction nouvelle d’ « endigueur » d’épidémie (Que font les pouvoirs publics ? Il endiguent, Monsieur), on notera qu’elle s’applique à « notre territoire », comme si cette notion était pertinente au regard de la propagation d’un virus. Pour la raison simple qu’à côté d’un territoire, il y a un autre territoire, et puis un autre encore… De proche en proche, la succession d’entités limitrophes, fait qu’il y a toujours un second territoire derrière un premier. Il est souhaitable que s’y trouve chaque fois des endigueurs, tous également déterminés, formant une chaîne continue de protection. Le pire est à craindre lorsqu’une commune devient un maillon faible et se révèle défaillante : la chaîne se rompt. L’État globalement défaillant par nature, saura dire par médias interposés, que ce n’est pas de sa faute, mais celles « des autres », triste preuve d’insolidatité républicaine.

Maintenant, « notre territoire » est la marque de l’obéissance à la règle de compétence administrative qui fait qu’un maire et son conseil municipal ne sont compétents que dans la limite du territoire de leur commune. Se pose ici la question de la géométrie de l’action publique. La commune est-elle pertinente dans le cadre d’une urgence sanitaire mondiale ? Que peut-elle ? Qu’en-est-il dans le cas présent de l’intercommunalité (GOSB), du département (Conseil général de l’Essonne), de la région (Conseil régional d’Ile-de-France), de la Métropole du Grand Paris (MGP) ? Qui fait quoi ? La question se prolonge jusqu’au Parlement européen et à la Commission européenne, instances bien silencieuses dans la crise du Covid-19, et de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), conforme à la réalité de toutes les organisations internationales dont la vraie devise est à ce jour dans ce domaine de l’endiguement, « Prestige et inefficacité ».

Alors, il reste les pauvres communes, avec leurs pauvres moyens, sans cesse rabotés par l’État, pour tenir le choc face aux attaques du virus. C’est sur elles que se décharge tous les jours un État prometteur et défaillant, limitant à chaque instant leurs pouvoirs et critiquant l’insuffisance de leurs actions. Rappelons que le maire de Sceaux a prit en mars 2020 un arrêté municipal pour imposer le port du masque dans la rue. L’État lui adressa-t-il ses félicitations? Non, le préfet attaqua l’arrêté devant le Tribunal administratif qui prit un jugement pour l’annuler.
Il est vrai que c’était à une époque ou la Secrétaire d’État à l’information se répandait à la télévision pour expliquer que « les masques ne servaient à rien », et que de toute façon, « elle ne savait pas comment le mettre ».
Combien de vies auraient-elles pu être sauvées, à Sceaux et dans les environs, si cette obligation avait été exécutée ?

CRISES ET NOUVELLES NORMALITÉS

« Les normalités sociales sont en construction permanente, elles sont mouvantes et plurielles », relèvent Raphael COSTAMBEYS-KEMPCZYNSKI, directeur du Festival des idées, délégué général de l’Alliance Sorbonne Paris Cité et Thomas STOLL, responsable du Festival des idées Paris, chef de projet communication scientifique à Université de Paris. (1). Pour eux, cette problématique ne se limite pas à la question de la pandémie du Covid-19. Elle a été précédé avant 2020 par des formes de militantisme comme Extinction Rebellion, Black Lives Matter, #MeToo… qui ont fait émerger de nouvelles normalités. Ils notent l’attente d’un retour à la vie d’avant, « sans masques, sans distanciation sociale, sans clusters ». Mais, interrogent-ils, « un retour à la normale est-il possible ? ». Nombre d’ anciennes normalités appartiennent à un monde qui n’est plus. Quelles seront les nouvelles normalités ?

  • Pendant la crise, les sociétés du monde sont réceptives à un changement d’usage immédiat pour faire face à la menace.
  • Après la crise, le temps s’inscrit dans une démarche longue qui suppose l’acceptation que le monde a fondamentalement changé.
  • Les nouvelles normalités de demain ne pourront se déprendre de l’acceptation que l’état de crise est devenue une réalité permanente, sans cesse recommencée.

QU’ENTEND-T-ON PAR « NORMALITÉS SOCIALES » ?

Une norme sociale est définie par la Sociologie ainsi : « Principe ou modèle de conduite propre à un groupe social ou à une société.» (2)

Les normes sociales :

  • sont conformes à ce qui est communément admis et légitimé par le système de valeurs propre à chaque société ou à chaque groupe social. Les normes sociales
  • sont intériorisées par les individus au cours de la socialisation et régulent les comportements par des sanctions positives ou négatives, formelles ou informelles, quand il y a transgression ou non-conformité.»

La normalité est ce qui est conforme, ce dont on a l’habitude, ce qui ne surprend pas, ne dérange pas, n’attire pas la curiosité. C’est la règle à suivre. dans laquelle la culture croit que réside son équilibre par rapport à ce qui relèverait de normes universelles. Comment alors saisir la genèse des phénomènes sociaux, que ce soit l’action orientée vers autrui de Max. Weber, les faits sociaux de Émile Durkheim, les structures sociales de T. Parsons ou de Pierre. Bourdieu, la rationalité de l’acteur de Raymond. Boudon, l’ordre social interactif d’Erwin Goffman, ou encore de l’ethno méthodologie ? Pour l’anthropologie sociale la normativité demeure une spécificité mouvante des sociétés humaines, avec sa part de lumière visible et d’obscurité cachée. (3)

COVID-19 (2020)
LES NOUVELLES NORMALITÉS
CULTURELLES, SOCIALES ET POLITIQUES

Lorsque les organisateurs des Nouvelles normalités remarquent que « la sidération passée, la pandémie et ses conséquences ont créé de nouvelles formes de normalité », ils notent 5 questions :

  • Jusqu’à quel point les vies des survivants sont-elles aujourd’hui bouleversées ?
  • Quelle mémoire l’humanité conserve-t-elle des pandémies passées ?
  • Qui sont les plus vulnérables à une crise sanitaire ?
  • Peut-on se satisfaire de la façon dont les médias traitent l’information ?
  • L’état de crise permanente (vivre pour toujours avec le virus) est-il devenu une nouvelle normalité mondiale ?

La crise nous demande de repenser notre monde dans tous les domaines : conditions sanitaires, migrations, écologie, durabilité, anthropocène, jeunesse, éducation, enseignement…

En sommes-nous capables ? Pour y répondre, six séries de questions.

  1. Égalité ou inégalité des victimes ?
  2. Crise inédite ou bien répétition de crise ancienne ?
  3. Le traitement des animaux par l’homme doit-il changer ?
  4. Une « bonne gestion » de la crise est-elle possible ?
  5. Quels imaginaires pour penser le monde d’après ?
  6. La sciences et les médias sont-il deux mondes en conflit ?

Covid-19. Fermeture des églises. Message de Mgr Michel PANSARD, évêque d’Évry Corbeil-Essonnes en date du 18 mars 2020, et Message du Père Thierry DAVID, curé de Savigny-sur-Orge. Documents affichés à la Maison paroissiale Bonne nouvelle, 10 mai 2020. Depuis cette date, les églises ont rouvert, puis tout en restant ouvertes (pour prier) ont été interdites (pour les cérémonies). © Photographie Bernard Mérigot/CAD.

I. ÉGALITÉ OU INÉGALITÉ DES VICTIMES DEVANT LE VIRUS

À première vue la Covid-19 frappe tout le monde, sans distinction. Mais rapidement médecins et chercheurs relèvent de fortes inégalités entre les classes sociales atteintes (métier, territoire, sexe, ethnicité…). Les plus pauvres et les plus défavorisés sont les plus atteints.

  • En quoi notre environnement et nos conditions de vie font-ils de nous des personnes à risque ?
  • Comment expliquer les disparités entre zones géographiques ?
  • De quelles manières la crise et le confinement touchent-ils les plus précaires ?

II. CRISE INÉDITE OU BIEN
RÉPÉTITION DE CRISE ANCIENNE ?

De la peste de Justinien à Rome à la Covid-19, en passant par la peste bubonique, la variole ou la grippe espagnole, les grandes pandémies seraient porteuses d’enseignements. La sidération générée par la pandémie et par le confinement a rapidement engendré la croyance en un « monde d’après ».

  • Y a-t-il un héritage des pandémies du passé ?
  • Qu’est-ce que l’histoire des pandémies peut-elle nous apprendre ?
  • L’espérance d’un monde d’après, différent de celui d’avant, est-elle une illusion déjà vécue par l’humanité ?
  • A quelle mémoire des pandémies doit-on se référer pour penser la crise présente, penser l’après-crise, et éviter – ou minimiser – de nouvelles crises ?

III. LE TRAITEMENT DES ANIMAUX
PAR L’HOMME DOIT-IL CHANGER ?

On ne compte plus le nombre de virus transmis de l’animal à l’homme. Le Covd-19 a assuré la notoriété du pangolin. Aujourd’hui l’élevage et la pêche intensive détruisent l’environnement et la biodiversité : le nombre d’espèces qui disparaissent chaque jour ne fait qu’augmenter. Quant-à la souffrance animale est de plus en plus mal supportée et la soumission de l’animal à l’homme fait débat.

  • La nouvelle normalité alimentaire est-elle d’arrêter de manger de la viande ?
  • Tous les animaux sont des êtres sensibles. Faut-il en finir avec toute les domestications animales ?

 IV. UNE « BONNE » GESTION POLITIQUE
DE LA CRISE EST-ELLE POSSIBLE ?

Saluée ou critiquée, l’action des États pose de multiples questions de la part des citoyens, exclus des décisions (ou de l’absence des décisions) prises par les politiques.

  • La peur est- elle nécessaire pour gérer une pandémie ?
  • La politique qui vise à « rassurer l’opinion publique » est-elle démocratiquement judicieuse ?
  • Faut-il mentir pour éviter la panique ?
  • Le confinement est-il la seule solution la plus efficace ?
  • Les systèmes de santé sont- ils en mesure d’être réformés par les gouvernements ?
  • La centralisation française et les politiques d’austérité peuvent-elles être remises en cause?
  • La situation est-elle mieux gérée ailleurs dans le monde ?
  • Les instances européennes et L’Organisation Mondiale de la Santé ont-elles fait la preuve de leur efficacité ?

V. QUELS IMAGINAIRES POUR PENSER LE « MONDE D’APRÈS »

Virus, épidémies, armes nucléaires, astéroïdes, glaciation, planète de singes, monstres nés d’expérimentations… Autant d’imaginaires de fin du monde développés par d’innombrables films, séries télévisées et jeux vidéos.

  • Pourquoi les récits de catastrophes sont-elles aussi fascinants ?
  • Ont-ils une influence sur notre perception du monde ?
  • La pandémie actuelle peut-elle changer notre regard à l’égard des récits de fiction ?

 VI. LA SCIENCE ET LES MÉDIAS
SONT-ILS DEUX MONDES EN CONFLIT ?

Objets d’une médiatisation sans précédent, les experts scientifiques ont été à la fois utilisés et instrumentalisés par les médias.

  • Le temps des médias et le temps de la science sont-ils compatibles ?
  • Les médias favorisent-ils les débats scientifiques ou bien les empêchent-ils ?
  • De quelle manière des connaissances scientifiques sont-elles transférées vers les médias ?
  • Les scientifiques sont-ils capables de s’adresser au public (qui ne sont pas leurs étudiants d’université) autrement que pour promouvoir leurs derniers livres publiés ?
  • Les journalistes sont-ils en mesure de rendre compte de sujets dont ils ignorent (presque) tout ?
  • Comment les scientifiques organisent-ils le traitement entre eux de leurs propres connaissances en construction ?

Covid-19 et transports en commun. « Nous recommandons aux personnes sensibles ou fragiles de rester autant que possible à leur domicile ». Écran d’information de la SNCF/RER C, Gare de Savigny-sur-Orge, 17 mars 2020, 09 H 25. Le mot d’ordre est un lapsus. Il dit maladroitement ce qu’il n’ose pas dire avec perversité. Si nous étions dans un feuilleton télévisé, à la place de « Bonjour chez-vous », ce serait « Restez chez-vous ». Triste et scandaleux programme politique d’un État désemparé dont l’idéal économique et social est celui d’un vaste camp éclaté de télétravailleurs et de télétravailleuses à domicile, parsemé au quotidien d’îlots de travailleurs « essentiels » . © Photographie Bernard Mérigot/CAD.

CONCLUSION

LE FATALISME CONTRAINT

La Covid-19 pose la question de la prise en compte de la pertinence – et de la légitimité – du regard de l’anthropologie sur la médecine et sur la santé publique.

« Les progrès récents de la médecine et de l’anthropologie amènent à s’interroger sur les relations et les apports mutuels de ces deux disciplines. L’anthropologue s’intéresse à la diversité humaine et l’étude de l’homme dans sa complexité, ses variations dans le temps, dans l’espace. L’analyse de l’évolution de la diversité humaine en rapport avec des accidents écologiques ou des événements historiques est de nature à permettre une extrapolation vers le futur d’événements actuels » (TELMON, SAVALL et ROUGÉ, 2015) (4)

La pandémie Covid-19 apparue en 2020, constitue un accident écologique mondial qui a établi de nouvelles normalités sociales affectant subitement les modes de vie, le travail, les rapports avec les autres… Elles se sont imposées comme « naturellement » acceptables, et acceptées « avec résignation » par nos sociétés de ce début du XXIe siècle. Tout du moins jusqu’à ce jour.

Il est désormais dans l’ordre des choses que presque tous les membres d’une famille, d’une entreprise, d’une collectivité, d’un établissement scolaire, d’un EPAD… soient subitement atteints par le virus, avec cette part irréductible d’incertitude relevant de l’âge et de la vulnérabilité, unissant à un moment originel, pour les séparer ensuite :

  • le porteur asymptomatique,
  • le « cas contact » dans l’attente anxieuse des résultats de son test,
  • le malade « léger » assigné à domicile,
  • le patient hospitalisé, qu’il soit en réanimation, en voie de guérison, ou pire, en attente d’une issue fatale.

Ce dernier cas, lorsqu’il survient, possède une double réalité :

  • une réalité humaine, infiniment tragique pour ses proches,
  • une réalité statistique, froidement mécanique, pour les gestionnaires de la santé publique qui inscrivent alors dans les états quotidiens qu’ils tiennent : « un lit de réanimation libéré ».

La crise Covid-19 a mis en lumière les errements des administrations et des élus, désemparés, se contredisants les uns les autres au fil des semaines (« c’est une grippette/c’est une maladie mortelle », « les masques ne servent à rien/ils sont obligatoires », « les tests sont inutiles/ils sont obligatoires », « les commerces peuvent demeurer ouverts/doivent fermer », « tous les établissements scolaires doivent être ouverts…), changeant d’avis chaque jour, sur les lieux, les dates et les heures de confinement, de dé-confinement et de couvre-feu.

Toutes ces réalités vécues induisent de nouvelles normes sociales. Globalement respectées, elles demeurent porteuses d’interrogations à l’adresse des gouvernants sur les trois temps du passé, du présent et du futur. Elles ne recueillent que le silence. Pourquoi rien n’a été prévu avant ? Quelle est la logique démocratique partagée qui est à l’oeuvre aujourd’hui ? Qu’est-ce qui est prévu pour demain ?

« De plus en plus souvent les maladies ou les prédispositions se définissent par un écart à la norme. Mais quelle norme, pour quelle population, voire pour quel individu ? » interrogeaient en 2015 les trois chercheurs déjà cités.
Ils poursuivaient : « L’approche anthropologique essaie de mesurer la normalité dans une population, en ce sens elle apparaît complémentaire de la médecine notamment préventive et peut permettre d’affiner des décisions de santé publique. L’anthropologie peut être une aide à la détermination et/ou l’actualisation des normes biomédicales, amenant à s’interroger de plus en plus souvent sur la méthodologie de constructions scientifiques de ces normes. »

Force est de considérer que leurs recommandations n’ont pas été entendues. C’est dommage. Elles sont toujours d’actualité. Seront-elles prises en compte ? Et quand ?

Bernard MÉRIGOT


« Derrière notre masque, on vous attend avec le sourire ». Panneau posé à l’entrée d’un restaurant lors après la fermeture des restaurants durant le premier confinement Covid-19 (mars -11 mai 2020), Restaurant La Villa, Saint-Jean-de-Monts (Vendée), 23 juin 2020. © Photographie Bernard Mérigot/CAD. « Chers clients, Dans le contexte actuel, nous mettons tout en œuvre pour vous sentir dans les meilleures conditions. Ici, nous sommes 15 employés à l’année. Nous n’avons pas augmenté nos tarifs, aucun changement de notre carte été. Merci de votre confiance. Derrière notre masque, on vous attend avec le sourire. » Depuis cette date, les restaurants ont été à nouveau fermés…

 


DOCUMENT

NORMES ANCIENNES, NORMES NOUVELLES
Citations

  • Notre existence pré- Covid-19 n’était pas « normale », à moins que nous considérions « normalité » la cupidité, l’inéquité, l’épuisement, le burn- out, la déconnexion, la confusion, la rage, la thésaurisation, l’avidité, la haine et le manque.
    Sonya Renee TAYLOR, artiste, poète, activiste
  • Nous avons besoin de normes pour que le monde fonctionne, mais nous pouvons chercher des normes qui nous conviennent mieux.
    Judith BUTLER, philosophe
  • La vie est ainsi faite que ce qui arrive ne ressemble jamais à ce qu’on en attendait.
    Charlotte BRONTË, romancière
  • La normalité demeure une question relative à une époque et à une civilisation. Or chaque culture a tendance a croire que son équilibre est la norme universelle.
    Fernand OUELLETTE, écrivain, poète
  • Il n’y aura pas de retour à l’ancienne normalité dans un avenir prévisible.
    Tedros Adhanom GHEBREYESUS, directeur général de l’OMS
  • Tout organisme pour s’adapter doit innover, tenter une aventure hors de la norme, engendrer de l’anormalité afin de voir si ça marche, car vivre, c’est prendre un risque.
    Boris CYRULNIK, neuropsychiatre
  • Si le confinement a eu un effet, c’est de nous déconfiner de cette idée d’une voie unique vers le progrès.
    Bruno LATOUR, sociologue, anthropologue et philosophe des sciences
  • Toute la question maintenant est celle de la durabilité de la prise de conscience et de la volonté de faire autrement.
    Cynthia FLEURY, philosophe, psychanalyste
  • Quelquefois ces éclairs de normalité m’arrivent de côté comme des embuscades. L’ordinaire, l’usuel, un rappel, tel un coup de pied.
    Margaret ATWOOD, romancière, poétesse, critique littéraire
  • En tant que président, je serai comme le candidat que je suis, un candidat normal à une présidence normale, au service de la République.
    François HOLLANDE, ancien Président de la République
  • Il n’y a pas de normes. Tous les hommes sont des exceptions à une règle qui n’existe pas.
    Fernando PESSOA, écrivain, critique littéraire, poète
  • Ne baissez pas vos normes pour quoi que ce soit ou pour n’importe qui.
    RIHANNA, artiste, musicienne
  • La société, ce sont tous ceux qui alimentent le système et la conviction que la normalité est la seule voie possible.
    Claire FAVAN, romancière
  • Si tout un chacun respecte les règles en vigueur et se plie aux normes, c’est toute la société qui se retrouve normale et qui stagne.
    Bernard WERBER, écrivain
  • La normalité est une expérience plus extrême que ce que les gens veulent communément admettre.
    David CRONENBERG, artiste, cinéaste
  • Luttez pour les choses qui vous tiennent à cœur, mais faites-le d’une manière qui amènera les autres à vous rejoindre.
    Ruth Bader GINSBURG, avocate, juge, membre de la Cour suprême des États-Unis

L’ours en peluche géant, nouveau marqueur de distanciation sociale. Matérialisation des « chaises barrières » sur lesquelles il ne faut pas s’asseoir, au lendemain du premier confinement Covid-19. Terrasse du  Café Restaurant Brasserie « Le Choupinet », 58 boulevard Saint-Germain/2 place Edmond Rostand, Paris 6e, 24 septembre 2020. © Photographie Bernard Mérigot/CAD.

 

A la fin de l’année 2018, des ours en peluche sont apparus à la terrasse de cafés dans des quartiers de Paris, notamment aux Gobelins. Les raisons sont diverses. Voir l’article : « Invasion de nounours géants dans le quartier des Gobelins à Paris », Le Figaro, 22 novembre 2018.
https://www.lefigaro.fr/sortir-paris/2018/11/22/30004-20181122ARTFIG00099-invasion-de-nounours-geants-dans-le-quartier-des-gobelins-a-paris.php
Après les huit semaines du premier confinement Covid-19  (17 mars – 10 mai 2020), la question respect des distances-barrières à respecter s’est posée dans les lieux recevant du publics. La présence des ours en peluche a pris un nouveau sens, rappelant l’obligation gouvernementale de respecter « ses distances », et donc de ne pas s’asseoir sur certaines chaises. Puis les terrasses ont été à nouveaux fermées…

RÉFÉRENCES DE L’ARTICLE

1. COSTAMBEYS-KEMPCZYNSKI Raphaël et STOLL Thomas, « Confinement, couvre-feu, état d’urgence sanitaire, télétravail, distanciation physique, gestes barrière et bulles sociales : notre monde a changé », Présentation de Nouvelles normalités, Festival des idées, Alliance Sorbonne Paris Cité, 20-21 novembre 2020.

2. ALPE, Y., LAMBERT, J.-R., BEITONE, A., DOLLO, C., et PARAYRE, S., Lexique de sociologie, Paris, Dalloz, 2007, p. 204
Voir aussi :

3. RAMOGNINO Nicole, « Normes sociales, normativités individuelle et collective, normativité de l’action », Langage et société, 2007/1 (n° 119), p. 13-41. DOI : 10.3917/ls.119.0013. URL : https://www.cairn-int.info/revue-langage-et-societe-2007-1-page-13.htm

4. TELMON N., SAVALL F. et ROUGÉ D, « Apport des méthodes scientifiques de l’anthropologie à la médecine et la santé publique », 26 juin 2015, Ethics, Medecine and Public Health/Éthique, Médecine et politique publiques de Santé, Elsevier Masson, Vol. 1, n°2, avril 2015, p. 248-251. https://www.em-consulte.com/article/987166
UMR 5288 CNRS, Laboratoire d’anthropologie moléculaire et imagerie de synthèse, Université Paul-Sabatier, 37, allée Jules-Guesde, 31073 Toulouse Cedex, France.

LÉGENDES DES ILLUSTRATIONS

  • Coronavirus-19. « Dispositif mis en place par la Ville ». Affiche apposée sur la porte de la Mairie de Savigny-sur-Orge (essonne), 30 mars 2020. © Photographie Bernard Mérigot.
  • Covid-19. Fermeture des églises. Message de Mgr Michel PANSARD, évêque d’Évry Corbeil-Essonnes en date du 18 mars 2020, et Message du Père Thierry DAVID, curé de Savigny-sur-Orge. Documents affichés à la Maison paroissiale Bonne nouvelle, 10 mai 2020. © Photographie Bernard Mérigot/CAD.
  • Covid-19 et transports en commun. « Nous recommandons aux personnes sensibles ou fragiles de rester autant que possible à leur domicile », Écran d’information de la SNCF/RER C, Gare de Savigny-sur-Orge, mars 2020, 09 H 25. © Photographie Bernard Mérigot/CAD.
  • Covid-19. Restaurants ouvert. « Derrière notre masque, on vous attend avec le sourire ». Panneau posé à l’entrée d’un restaurant lors après la fermeture des restaurants durant le premier confinement Covid-19 (mars -11 mai 2020), Restaurant La Villa, Saint-Jean-de-Monts (Vendée), 23 juin 2020. © Photographie Bernard Mérigot/CAD.
    « Chers clients, Dans le contexte actuel, nous mettons tout en œuvre pour vous sentir dans les meilleures conditions. Ici, nous sommes 15 employés à l’année. Nous n’avons pas augmenté nos tarifs, aucun changement de notre carte été. Merci de votre confiance. Derrière notre masque, on vous attend avec le sourire ».
  • L’ours en peluche géant, nouveau marqueur de distanciation sociale. Matérialisation des « chaises barrières » sur lesquelles il ne faut pas s’asseoir au lendemain du premier confinement Covid-19. Terrasse du  Café Restaurant Brasserie « Le Choupinet », 58 boulevard Saint-Germain/2 place Edmond Rostand, Paris 6e, 24 septembre 2020. © Photographie Bernard Mérigot/CAD.

ARTICLES EN LIGNE RN LIGNE SUR LE SITE http://mieuxaborderlavenir.fr
concernant le Coronavirus / Covid-19


La Lettre du lundi de Mieux Aborder l’Avenir
n°431, lundi 16 novembre 2020


Territoires et Démocratie numérique locale (TDNL) est un media numérique mis en ligne sur le site http://savigny-avenir.info.
ISSN 2261-1819 BNF. Dépôt légal du numérique
Le site est supporté par une structure associative et collaborative, indépendante, sans publicités et sans but lucratif, le Groupe Mieux Aborder L’Avenir (MALA). Vous pouvez nous aider par vos dons. http://www.savigny-avenir.fr/faire-un-don/
Tous les articles en ligne sont consultables gratuitement dans leur totalité. Un article peut être reproduit à la condition de citer sa provenance et en faisant figurer son lien http://.
Référence du présent article : http://www.savigny-avenir.fr/2020/11/16/covid-19-anthropologie-des-nouvelles-normalites-sociales/

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Coupures volontaires d’électricité. ENEDIS traite avec une légèreté cynique ses abonnés

Les abonnés aux services publics d’électricité, d’eau, de gaz… ont-ils droit à un service continu de distribution, ou bien sont-ils soumis au bon vouloir des fournisseurs d’énergie ? Telle est la question qui se pose à propos des arguments que l’entreprise utilise pour annoncer ses suspensions temporaires de la fourniture d’énergie.

« Afin d’améliorer la qualité de la distribution électrique… », ou comment ENEDIS annonce qu’il coupe le courant pendant cinq heures, et crée ainsi pour les abonnés concernés, un mercredi noir le 7 octobre 2020. Lettre en date du 10 septembre 2020.

ENEDIS, par un courrier en date du 10 septembre 2020 (posté le 11 septembre, et distribué dans les boîtes à lettres par La Poste, le 15 septembre), informe un certain nombre de ses abonnés d’une coupure de courant

le mercredi 7 octobre de 9 H 00 à 14 H 00,

soit pendant une durée de cinq heures.

Cinq heures. Nous sommes en en automne, et le service de la météorologie nationale annonce une température comprise entre 10° à 17° durant la journée.

Cinq heures :

  • sans chauffage électrique (même une chaudière à gaz ou à bois a besoin d’électricité pour fonctionner),
  • sans interphone, sans gâches électriques, sans ascenseur,
  • sans réfrigérateur ni congélateur,
  • sans lumière, sans télévision, sans radio,
  • sans eau chaude,
  • sans Internet, sans téléphone, sans mails, sans ordinateur, sans imprimante : donc privé de télétravail,
  • sans cuisine,
  • sans boisson chaudes…

Le motif de la « réalisation de travaux sur le réseau électrique » est avancé comme une fatalité insurmontable à laquelle tout le monde doit se résigner.

Il est surprenant que « l’électricité en réseau », le slogan d’ENEDIS qui figure sur son en-tête, ne permette pas, grâce à ses multiples maillages, une alimentation transitoire de secours.

Les usagers sont traités avec une légèreté cynique par un distributeur, seul maître à bord. J’allume. J’éteins. Ah, si j’éteins, c’est parce que j’y suis obligé, pour votre bien. Ca sera mieux demain. Vous verrez. Après tout, cinq heures, dans le froid et dans le noir, c’est pas le bout du monde.
Ce qui correspond à une relation de domination que l’on qualifiait, en d’autre temps, de relation coloniale : Ce que j’exécute est conforme àtre condition : elle est de subir mon bon vouloir.

Ce mercredi 7 octobre 2020 sera un mercredi noir. Il a un coût financier, humain, social, sanitaire.
Sans que l’on sache si toute la commune est touchée par ce courrier, et cette rupture de la continuité d’alimentation électrique, ou bien seulement certaines rues, et certains quartiers.
Sans que l’on sache combien de foyers et d’habitants sont concernés.Les commerces et les artisans sont-ils touchés comme les particuliers ?
La commune est occupée par de multiples chantiers de construction d’immeubles. Les grues en constituent les repères géographiques. Ces chantiers de BTP, qui sont de gros consommateurs d’électricité (les grues et les multiples machines électriques) seront-ils privés d’électricité et de travail ? Il serait discriminatoire que certaines catégories d’usagers soient concernés et pas d’autres.


LÉGENDES DES ILLUSTRATIONS

  • « Afin d’améliorer la qualité de la distribution électrique… », ou comment ENEDIS annonce qu’il coupe le courant pendant cinq heures, créant ainsi pour les abonnés concernés  un mercredi noir le 7 octobre 2020. Lettre en date du 10 septembre 2020.

Territoires et Démocratie numérique locale (TDNL) est un media numérique mis en ligne sur le site http://savigny-avenir.info.
ISSN 2261-1819 BNF. Dépôt légal du numérique
Le site est supporté par une structure associative et collaborative, indépendante, sans publicités et sans but lucratif, le Groupe Mieux Aborder L’Avenir (MALA). Vous pouvez nous aider par vos dons.
Tous les articles en ligne sont consultables gratuitement dans leur totalité. Un article peut être reproduit à la condition de citer sa provenance et en faisant figurer son lien http://.
Référence du présent article : http://www.savigny-avenir.fr/2020/10/02/coupures-volontaires-delectricite-enedis-traite-avec-une-legerete-cynique-ses-abonnes/
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Laudato Si’ : une invitation à pratiquer la sobriété et à consommer autrement (Université d’été du Service national de la mission universelle de l’Église)

LA LETTRE DU LUNDI DE MIEUX ABORDER L’AVENIR, n°417, lundi 10 août 2020

Ce que l’on appelle « l’écologie », en ce début de XXIe siècle, n’est  en rien un mouvement unitaire. L’histoire du concept traverse les clivages politiques et religieux. Pour l’Église catholique, l’encyclique Laudato Si’ (2015) du pape François a constitué une prise de position historique. Elle se fonde sur un important socle de références à la Bible et aux Écritures et anime les réflexions théologiques. Elle constitue une remise en cause du modèle de développement capitaliste néolibéral que nous nous connaissons aujourd’hui. Elle convoque tous ceux qui partagent et pratiquent une même foi afin de modifier leur comportements et de faire évoluer les comportements des autres. De très nombreuses rencontres et formations sont organisées régulièrement. Elles constituent la partie visible de réseaux qui confrontent de façon ouverte, les expériences vécues selon des modalités concrètes. Comme l’université d’été autour de Laudato Si’ qui se tient à Lyon du 24 au 28 août 2020. (1)

Domaine Saint-Joseph. Université d'été 2020

« Laudato Si’ : une invitation à la sobriété. Consommer autrement », Université d’été organisée par Service national de la mission universelle de l’église (SNMUE) et le Service national de la pastorale des migrants et des personnes itinérantes (SNPMPI) du 24 au 28 août 2020 au Domaine Saint Joseph à Lyon.

Laudato Si’
À L’HEURE DE LA CRISE COVID 19

« L’invitation à la sobriété et à d’autres modes de consommation pour que soit vécu Laudato Si’ dans toutes les communautés catholiques est un thème qui nous relie à la crise actuelle de la crise de la Covid 19. Cette démarche, qui est en cours de la Conférence des évêques de France, nous donne des raisons de réfléchir ensemble sur ce qui doit changer pour que le monde devienne un espace de vie harmonieux et heureux pour tous et pour les générations futures. » (2)

« Laudato Si’: une invitation à pratiquer la sobriété et à consommer autrement » est le thème choisi pour l’université d’été organisée chaque année par le Service national de la mission universelle de l’Église (SNMUE) à la fin du mois d’août. Elle est destinée à offrir un temps de formation aux membre de son réseau. Elle est co-organisée cette année avec le Service national de la pastorale des migrants et des personnes itinérantes (SNPMPI). (3)

UNIVERSITÉ D’ÉTÉ 2020
Laudato Si’
Invitation à pratiquer la sobriété et à consommer autrement

  • Introduction à la réflexion en présentant les grandes questions que pose notre modèle de société, en lien notamment avec la crise sanitaire de la Covid 19.
  • Réflexions sur la sobriété heureuse comme mode de vie et de consommation alternatif.
  • Propositions de la société civile et de l’Église pour une autre façon de vivre
  • Visites de terrain, à la rencontre des acteurs engagés dans des expériences écologiques.
  • Engagements concrets à proposer dans les diocèses et communautés.

PROGRAMME

Lundi 24 août 2020

  • Mot d’accueil, par Mgr DUBOST.
  • Introduction et mise en perspective et résultats attendus, par le Père Carlos CAETANO.
  • Après la pandémie de la Covid 19, où en sommes-nous ?, par Gaël GIRAUD.

Mardi 25 août 2020

  • Laudato Si’ : un appel à la conversion écologique, par Emmanuel LAFONT et Fabien REVAL.
  • Sobriété heureuse : de quoi parle-t-on ?, par Elena LASIDA.
  • La fresque du climat. Atelier participatif expliquant le climat et son dérèglement avec la rigueur scientifique du GIEC.

Mercredi 26 août 2020

  • Visite de la Maison de Lorette où vécut Pauline JANICOT.
  • Visite d’initiatives d’Églises écologiques.

Jeudi 27 août 2020

  • Consommer autrement, par Marie-Hélène LAFAGE.
  • Consommer autrement. L’alimentation, par Benoît-Joseph PONS.
  • Le rôle des médias alternatifs, par Bernard SALAMAND.

Vendredi 28 août 2020

  • Quelles implications pour notre mission ?

LE DOMAINE SAINT JOSEPH DE LYON
Une biodiversité préservée

L’université d’été « Laudato Si’ : une invitation à la sobriété, consommer autrement » se tient au Domaine Saint Joseph à Lyon (Rhône). Une occasion de s’y arrêter un instant.

Parc du domaine Saint-Joseph à Lyon (Rhône). Photo extraite de https://www.domaine-lyon-saint-joseph.fr/

Le lieu où se tient une réunion de formation, d’étude et de réflexion, que celle-ci soit sur un sujet culturel, spirituel, politique, social… n’est jamais indifférent. Son choix est porteur de sens : il met en rapport des hommes et des femmes se retrouvant pour passer un temps en commun, dans un lieu marqué par une histoire et par ses évolutions.

L’histoire du Domaine Saint‐Joseph débute en 1926, sur les terres de l’archidiocèse de Lyon où une grande bâtisse est construite en plein cœur de la verdure. Le lieu, propice à la tranquillité, accueille des séminaristes de la région lyonnaise venus étudier la philosophie. Au fil des décennies, des groupes confessionnels (prêtres, religieux et laïcs) s’y retrouvent pour des retraites spirituelles, des rencontres des mouvements de l’Église, mais aussi des réunions syndicales et des formations professionnelles.

En 2005, l’archevêque de Lyon décide d’ouvrir le domaine à tous pour offrir un service d’hôtellerie‐restauration tout en conservant l’accueil de groupes confessionnels. En 2019, des travaux de rénovation et de modernisation sont entrepris dans les espaces communs et les salles de réunion. Le séminaire d’autrefois se transforme en un hôtel 3 étoiles moderne de 100 chambres. L’équipement technologique est totalement repensé (Wifi, TV avec VOD, écrans personnalisables dans les espaces communs…) ainsi que la restauration. Sa cuisine peut servir 400 repas. Un parc d’accrobranche est créé dans l’espace boisé du Domaine.

Le Domaine Saint‐Joseph s’étend sur 5 hectares situé au cœur de l’ensemble forestier de Francheville. Son parc comprend un espace boisé classé de 1,5 hectares. Il est régulièrement traversé par des animaux sauvages. La préservation de la biodiversité est une priorité. Aucune construction n’y est donc autorisée et la biodiversité y est préservée. Le parc fait l’objet d’une expertise arboricole annuelle, et chaque arbre est suivi individuellement.


RÉFÉRENCES DE l’ARTICLE

1.SERVICE NATIONAL DE LA MISSION UNIVERSELLE DE L’ÉGLISE (SNMUE), « Laudato Si’: une invitation à la sobriété, consommer autrement », Université d’été du lundi 24 août au vendredi 28 août 2020, Domaine Saint-Joseph , 38 allée Jean-Paul II – 69110 Sainte-Foy-lès-Lyon. https://mission-universelle.catholique.fr/mission-universelle/sessions/302622-universite-dete-2020/

2. Cité par le Père Dominique LANG sur son site  : http://eglisesetecologies.com
LANG Dominique,
« Rendez-vous : L’écologie comme une mission », Églises et Écologies (E&E), 6 août 2020. https://eglisesetecologies.com/2020/08/06/rendez-vous-lecologie-comme-une-mission/
Voir aussi :
LANG Dominique, Petit manuel d’écologie intégrale, Avec l’encyclique Laudato Si’, un printemps dans le monde, Éditions, 20, 400 p. ISBN: 978-2-36452-117-9
LANG Dominique, Génatation Laudato Si, L’Église au défi de l’écologie intégrale, Bayard, 2020.
LANG Dominique, « L’Église de France et l’écologie, Études, 2019/1 (janvier), p. 83-96. DOI : 10.3917/etu.4256.0083. URL : https://www.cairn.info/revue-etudes-2019-1-page-83.htm
LANG Dominique, « Un monastère écologique, Solan », Études, 2015/1 (janvier), p. 65-66. DOI : 10.3917/etu.4212.0065. URL : https://www.cairn.info/revue-etudes-2015-1-page-65.htm
LANG Dominique, « L’environnement pose la question du sens », Revue Projet, 2012/3 (n°328), p. 75-79. DOI : 10.3917/pro.328.0075. URL : https://www.cairn.info/revue-projet-2012-3-page-75.htm
LANG Dominique, « Le défi d’une crise nucléaire durable », Revue Projet, 2012/2 (n°327), p. 78-80. DOI : 10.3917/pro.327.0078. URL : https://www.cairn.info/revue-projet-2012-2-page-78.htm
LANG Dominique, « Hésitation autour des OGM », Revue Projet, 2012/1 (n°326), p. 73-75. DOI : 10.3917/pro.326.0073. URL : https://www.cairn.info/revue-projet-2012-1-page-73.htm
LANG Dominique, « Naissance d’une éthique écologique chrétienne », Revue Projet, 2011/5 (n°324-325), p. 130-135. DOI : 10.3917/pro.324.0022. URL : https://www.cairn.info/revue-projet-2011-5-page-130.htm

3. Sur les services de la Conférence des évêques de France :

  • Service national de la mission universelle de l’Église (SNMUE),
  • Service national de la pastorale des migrants et des personnes itinérantes (SNPMPI),

se reporter aux deux documents n°1, et au document n°2 figurant  ci-dessous.

Université d'été 2020

« Laudato Si’ : une invitation à la sobriété. Consommer autrement », Université d’été organisée par Service national de la mission universelle de l’église (SNMUE) et le Service national de la pastorale des migrants et des personnes itinérantes (SNPMPI) du 24 au 28 août 2020 au Domaine Saint Joseph à Lyon


DOCUMENT n°1

SERVICE NATIONAL DE LA MISSION UNIVERSELLE DE L’ÉGLISE (SNMUE)

Aider les diocèses à s’ouvrir à la dimension universelle de l’Église.
La commission épiscopale pour la mission universelle confie au service la mission de servir la communion et la coopération entre Églises du monde. Le service aide à l’accueil et à l’accompagnement, des prêtres et religieuses ou religieux étrangers, anime le réseau des communautés catholiques francophones dans le monde et favorise les échanges entre Églises, c’est-à-dire entre les diocèses de France et les autres diocèses catholiques dans le monde.

RÉFÉRENCES
https://eglise.catholique.fr/guide-eglise-catholique-france/structure/service-national-de-la-mission-universelle-de-leglise/


DOCUMENT n°2

SERVICE NATIONAL DE LA PASTORALE DES MIGRANTS ET DES PERSONNES ITINÉRANTES (SNPMPI)

Écouter et servir l’étranger et l’itinérant
La Commission épiscopale pour la mission universelle de l’Église confie à ce service, la tâche de servir la double mission pastorale des évêques : l’accueil et le « développement intégral » des personnes migrantes et des personnes itinérantes ; la promotion de la communion entre les personnes migrantes, les personnes itinérantes, leurs communautés, et les communautés de l’Église locale.

RÉFÉRENCES
https://eglise.catholique.fr/guide-eglise-catholique-france/structure/service-national-de-la-pastorale-des-migrants-et-des-personnes-itinerantes/


LÉGENDES DES ILLUSTRATIONS

  • « Laudato Si’ : une invitation à la sobriété. Consommer autrement », Université d’été organisée par Service national de la mission universelle de l’église (SNMUE) et le Service national de la pastorale des migrants et des personnes itinérantes (SNPMPI) du 24 au 28 août 2020 au Domaine Saint Joseph à Lyon.
  • Parc du domaine Saint-Joseph à Lyon (Rhône). Photo extraite de https://www.domaine-lyon-saint-joseph.fr/

La Lettre du lundi de Mieux Aborder l’Avenir
n°417, lundi 10 août 2020

Territoires et Démocratie numérique locale (TDNL) est un media numérique mis en ligne sur le site http://savigny-avenir.info.
ISSN 2261-1819 BNF. Dépôt légal du numérique
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Tous les articles en ligne sont consultables gratuitement dans leur totalité. Un article peut être reproduit à la condition de citer sa provenance et en faisant figurer son lien http://.
Référence du présent article : http://www.savigny-avenir.fr/2020/08/10/laudato-si-une-invitation-a-pratiquer-la-sobriete-et-a-consommer-autrement-universite-dete-du-service-national-de-la-mission-universelle-de-leglise/
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Bernard Stiegler (1952-2020)

Nous venons d’apprendre le décès du philosophe Bernard STIEGLER le 6 août 2020. Bernard MÉRIGOT,  lui rend hommage.

Bernard STIEGLER (1952-2020). Réunion d’Ars Industrialis, Théâtre Gérard Philippe, Saint Denis, 7 janvier 2017. ©Photographie Bernard Mérigot/CAD.

J’ai eu la chance d’accompagner Bernard STIEGLER depuis les années 2010. Qu’il me soit permis de souligner son extrême bienveillance à l’égard de ceux qui s’intéressaient à l’oeuvre foisonnante, parfois déroutante mais toujours passionnante, qu’il bâtissait, livre après livre, séminaire après séminaire, conférence après conférence. Sa culture était étonnante, tout comme son extraordinaire productivité.

Au fil de ses nombreuses activités, il a contribué à former des réseaux qui comprennent aujourd’hui d’innombrables lecteurs, élèves, disciples et collaborateurs. Son oeuvre demeurera comme un exemple des curiosités engagées que doit manifester publiquement un philosophe dans un monde qui peine à analyser ses acquis, ses devoirs et ses potentialités, et surtout à anticiper les temps qui viennent.

Notre média numérique adresse ses sincères condoléances à ses proches, et à tous ceux à qui manque aujourd’hui, le maître qu’il a été, au plein sens socratique du terme.

Bernard MÉRIGOT
Rédacteur en chef de Territoires et Démocratie Numérique Locale (TDNL)

Bernard STIEGLER (1952-2020). Séminaire du 24 mai 2017, Plaine Commune, Saint Denis, 24 mai 2017. ©Photographie Bernard Mérigot/CAD.


ARTICLES CONCERNANT Bernard STIEGLER
en ligne sur http://savigny-avenir.info

Bernard STIEGLER (1952-2020). Séminaire du 24 mai 2017, Plaine Commune, Saint Denis, 24 mai 2017. ©Photographie Bernard Mérigot/CAD.


DOCUMENT

L’INTELLIGENCE NUMÉRIQUE COLLECTIVE

Selon Bernard STIEGLER, la décennie présente sera celle de l’ « économie de la contribution », qui consistera pour chacun à participer selon le principe de l’échange « pair-à-pair », traduction de l’américain peer-to-peer (« P2P ») qui désigne un modèle de réseau informatique dans lequel, contrairement au modèle client/serveur, chaque client est également serveur. Il ne s’agit plus pour la démocratie de redistribuer le pouvoir, mais de « savoir mettre en valeur son temps», c’est-à-dire de pratiquer l’intelligence collective à l’échelle des territoires.
•    Problème du politique : être, vivre, se supporter
« Le problème du politique, c’est de savoir comment être ensemble, vivre ensemble, se supporter comme «ensemble» à travers et depuis nos singularités (bien plus profondément encore que nos « différences ») et par-delà nos conflits d’intérêts. »

Bernard STIEGLER, « De la misère symbolique », Le Monde, 10 octobre 2003
•    Politique et unité de la cité
« La politique est l’art de garantir une unité de la cité dans son désir d’avenir commun, son individuation, sa singularité comme devenir-un. »

Bernard STIEGLER, « De la misère symbolique », Le Monde, 10 octobre 2003
•    Politique et amour des autres
« L’être-ensemble est celui d’un ensemble sensible. Une communauté politique est donc la communauté d’un sentir. Si l’on n’est pas capable d’aimer ensemble les choses (paysages, villes, objets, oeuvres, langue…), on ne peut pas s’aimer. Tel est le sens de la
« philia » chez Aristote. Et s’aimer, c’est aimer ensemble des choses autres que soi. »
Bernard STIEGLER, « De la misère symbolique », Le Monde, 10 octobre 2003

LÉGENDES DES ILLUSTRATIONS

  • Bernard STIEGLER (1952-2020). Séminaire du 24 mai 2017, Plaine Commune, Saint Denis, 24 mai 2017. ©Photographie Bernard Mérigot/CAD.
  • Bernard STIEGLER (1952-2020). Réuninon d’Ars Industrialis, Théêtre Gérard Philippe, Saint Denis, 7 janvier 2017. ©Photographie Bernard Mérigot/CAD.

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Référence du présent article : http://www.savigny-avenir.fr/2020/08/07/bernard-stiegler-1952-2020/
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